Les mesures électoralement bonnes mais économiquement mauvaises

3 mars 2014

Economie, Politique, Sociologie

La France subit une crise économique de plein fouet et malgré les promesses d’inverser la courbe du chômage, celle-ci poursuit son avancée inexorable. Pourquoi la déclaration de bonne volonté de la part du président de la République et ses mesures actuelles telles que le pacte de responsabilité ne fonctionnent pas ? Peut-être car les causes du chômage sont bien plus profondes qu’on ne le pense.  Ladite cause tient, en effet, à des politiques menées depuis plusieurs décennies dont certaines n’ont rien à voir, de prime abord, avec l’économie. Néanmoins, ces mesures fragilisant l’économie n’avaient que peu d’effet en période de croissance. Leurs répercussions négatives n’apparaissent qu’actuellement.

Ces mesures sont, bien souvent, populistes car elles ont pour objectif de plaire aux français tout en leur mentant sur les conséquences futures desdites mesures. Néanmoins, comme bien souvent, les politiques cherchent avant tout un avantage à court terme en vue d’assurer leurs réélections plutôt que de chercher des mesures favorisant la France à long terme mais électoralement préjudiciable.

La vocation, ici, n’est pas d’aboutir à une exhaustivité du sujet mais de démontrer l’effet néfaste de certaines mesures sur l’économie empêchant la résorption du chômage.

I : les mesures plombant l’emploi relatives à l’économie

Des mesures avec un rapport direct avec l’économie ont un effet néfaste sur l’économie. De prime abord, ces mesures semblent être des avancées sociales. Cependant, elles ont seulement pour objectif de gagner les faveurs de la société en vue des élections. Nous en verrons, ici, deux : l’absence de flexibilité de l’emploi (A) qui freine le développement économique du pays. Puis à l’inverse le statut de l’auto-entrepreneur (B) qui précarise nombre de salariés à cause d’une trop grande flexibilité.

A : l’absence de flexibilité de l’emploi

Force est de constater que le contrat de travail, notamment le contrat à durée indéterminée (CDI), est trop rigide. Il prévoit une durée fixe de travail, en principe, 35 heures. En cas de surcharge d’activité, les heures supplémentaires sont prévues avec une majoration salariale, en règle générale ladite majoration est aux alentours de 20%.

Toutefois, en cas de baisse d’activité, le contrat est difficilement adaptable. En effet, l’employeur peut demander au salarié de ne pas venir travailler mais il devra tout de même lui régler ses heures. De ce fait, le contrat de travail est actuellement prévu pour accompagner les hausses d’activité mais pas pour les baisses d’activité ce qui est préjudiciable pour les employeurs. Il conviendrait donc de légiférer sur ce point puisqu’une plus grande flexibilité inciterait les employeurs a davantage embaucher de salariés. En effet, l’embauche d’un salarié est actuellement trop contraignante et l’employeur se doit de peser avec une très (trop) grande parcimonie le pour et le contre avant de faire signer un contrat de travail.  En somme, lorsque l’employeur n’aura vraiment plus le choix, il engagera un salarié supplémentaire. Le reste du temps, il fera appel à des intérimaires, des stagiaires ou des auto-entrepreneurs qui disposent d’un statut précaire mais où la flexibilité est de mise. Donc une plus grande flexibilité permettra paradoxalement une plus grande protection de certains travailleurs disposant actuellement d’un statut précaire.

B : la crise de l’auto-entreprise

L’auto-entrepreneur crée, a contrario, une trop grande flexibilité du travail. En effet, l’auto-entreprise permet à des entrepreneurs d’ouvrir facilement une entreprise. Le chiffre d’affaire de l’auto-entreprise ne peut dépasser certains montants (81 500 € de chiffre d’affaires annuels maximum pour les activités de vente de marchandises en 2012 et 32 600 € de chiffre d’affaires annuel s maximum pour les activités de prestations de services en 2012. D’où, elles représentent souvent un complément d’activité ou un stade intermédiaire avant la création d’une vraie société.

Toutefois, cette avancée a été viciée par certains patrons qui ont demandé à certains de leurs salariés d’ouvrir des auto-entreprises afin de les licencier pour se dégager du statut de salarié. En effet, les patrons peuvent ainsi demander au salarié de ne travailler que lorsqu’ils ont du travail à leur confier. De surcroit, cela permet au patron de payer moins de charges patronales. Ainsi, cette réforme a abouti à la précarisation d’un nombre important de salariés qui sont devenus des auto-entrepreneurs. Lors d’un période d’embellie économique, les auto-entrepreneurs vont travailler autant que s’ils étaient salariés. Toutefois, en période de crise économique, les auto-entrepreneurs peuvent ne travailler que quelques heures par semaine et se retrouver sans activité le reste du temps. Ainsi la sécurisation que leur apportait le contrat de travail avec le statut de salarié n’existe plus en cas de statut d’auto-entrepreneur.

La flexibilité de l’emploi est une bonne chose mais il ne faut pas que cela aboutisse à une absence de contrôle. La totale liberté en la matière paupérise le salarié et avantage fortement l’employeur qui risque de demander au salarié de travailler à une cadence très élevée pour diminuer le nombre d’heures à rémunérer à l’instar des abus en matière de travailleurs détachés.

D’où la solution consiste à concilier, tout à la fois, les intérêts du patronat et des salariés en acceptant une certaine flexibilité mais qui ne devrait pas dépasser quelques heures de travail par semaine. Ladite flexibilité devant, si possible, être sous la protection d’un contrat de travail.

II : les mesures plombant l’emploi sans rapport direct avec l’économie

De surcroit, certaines mesures sans rapport direct vont avoir un effet néfaste sur l’économie. Nous analyserons deux desdites mesures : la volonté de créer une France de propriétaires ainsi que la valorisation des longues études entrainant la dévalorisation des métiers à faible qualification.

A : une France de propriétaires

Depuis plusieurs décennies mais surtout durant la présidence de Nicolas Sarkozy, une volonté de créer une France de propriétaires a vu le jour. Cette mesure est électoralement intelligente puisque la majorité des français veulent constituer un patrimoine pour le léguer à leurs enfants ou, tout simplement, pour éviter de payer tous les mois un loyer.

Ainsi, des taux préférentiels et des facilités d’emprunt ont été mis en place pour favoriser l’essor de l’achat d’une résidence principale. Au lieu de payer les loyers, les français remboursent désormais les échéances des prêts à leur banque avec des durées, parfois, très importantes telles que des remboursements sur 30, 40 ou même 50 ans.

Cette politique a fonctionné puisque le nombre de propriétaires en France n’a fait qu’augmenter ces dernières années jusqu’à atteindre le taux très impressionnant de 58% contre 46% en Allemagne.

Toutefois, bien que cette politique soit électoralement intelligente, elle est aussi, malheureusement, économiquement préjudiciable en période de crise financière. Lorsque tout va bien et que la croissance est au plus haut, les effets ne se font pas ressentir. Mais lorsque qu’une crise impacte de plein fouet l’économie française, comme actuellement, les effets néfastes commencent.

En effet, la propriété oblige la personne à trouver un emploi proche de son domicile. Cela porte atteinte à la mobilité des travailleurs. En effet, si une entreprise employant la majorité des habitants d’un village tombe en liquidation judiciaire comme cela arrive très régulièrement, la situation sera dramatique pour les habitants. En effet ceux-ci ne pourront pas quitter leur habitation pour trouver un emploi ailleurs car ils sont propriétaires et doivent rembourser leur prêt. De plus, vendre le logement s’avèrera très difficile car d’autres personnes, licenciées de ladite entreprise, vont faire de même ce qui aura pour conséquence de faire chuter les prix.

Ainsi un pays économiquement viable doit avoir un fort taux de mobilité et, en conséquence, un fort taux de locataires, à l’instar de l’Allemagne. D’où les politiques favorisant l’acquisition de la propriété à outrance sont forcément néfastes à l’économie générale d’un pays.

B : les longues études ou la dévalorisation des métiers manuels

Les différents gouvernements français ont aussi souhaité valoriser les longues études. En 1985 Jean-Pierre Chevènement proclame que l’objectif est d’obtenir 80 % de bacheliers sur une classe d’âge. En 2012, ce taux est de 76 %. Cela a eu pour conséquence d’abaisser continuellement le niveau d’années en années afin d’arriver aux statistiques souhaitées. D’où, des élèves n’ayant pas le niveau se retrouve avec un Bac et sont conduits à effectuer des études supérieures qu’ils rateront et se retrouveront en difficulté. En effet, le tri ne s’effectue plus au lycée mais lors de la 1ère année d’enseignement supérieur où les taux d’échecs sont très impressionnants. A l’instar des facultés de médecine ou de droit où le taux de réussite est d’environ 30 %. De même dans les grandes écoles de commerce telles que HEC ou les instituts de sciences-politiques où l’entrée se fait sur concours et seulement les meilleurs bacheliers peuvent espérer y entrer.

Toute cette politique de valorisation des études longues se fait au détriment des courtes études et, notamment, des métiers manuels. En effet, si un élève dispose d’un niveau scolaire suffisant, il sera incité à passer en seconde générale tandis que ceux disposant d’un niveau inférieur seront orienté en BEP ou CAP en vue d’effectuer un métier manuel. En résumé, les bons élèves sont envoyés en général tandis que les mauvais élèves sont poussés à intégrer le professionnel. Ce qui conduit à une situation dramatique car les métiers manuels sont dévalorisés, ils ne donnent plus envie.

Cette dévalorisation est récente et tient pour origine l’objectif des gouvernements d’obtenir un taux très élevé, par génération, de bacheliers. En effet, le fait de ne pas continuer ses études est perçu, aux yeux de la société, comme un échec. Auparavant les métiers manuels étaient autant reconnus que les métiers intellectuels. Nous avons autant d’admiration pour Voltaire ou Montesquieu que pour les grands bâtisseurs ayant construit les cathédrales ou les pyramides.

La force de la France ne réside pas uniquement dans les métiers intellectuels ou à très haute qualification. Elle a besoin d’une force d’ouvriers pour relancer son industrie. De plus cette dévalorisation entrainant un déficit de reconnaissance sociale pour certains métiers a, pour conséquence, la fuite des jeunes pour lesdits métiers où la France se doit de recourir à l’immigration pour pallier cette désertion.

Ainsi la France devrait revaloriser pécuniairement et socialement les métiers nécessitant une faible qualification.

 JuristeG

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