Un conflit de classe : la classe majoritaire et la classe privilégiée

Il est courant d’entendre que la société est composée de trois grandes classes sociales :

-la catégorie socioprofessionnelle inférieure disposant de revenu inférieur au seuil de pauvreté. Ce seuil correspond, en principe, à la moitié du revenu médian. Il varie ainsi selon les pays. En France, une personne célibataire appartient à cette classe lorsqu’elle gagne moins de 803 euros par mois. En 2013, 16% de la population vivaient sous le seuil de pauvreté soit plus de 9 millions de personnes.

-la fameuse classe moyenne représente la majorité de la population. Cette classe assure l’essentiel des revenus de l’Etat par le paiement des différents impôts (sur le revenu, TVA,…).

-enfin la classe supérieure.

Il faut noter, qu’en France, le salaire pour faire partie d’une desdites classes varie en fonction d’une liste de critère telle que le nombre d’enfant à charge, la présence d’un conjoint ou bien le lieu d’habitation. Voir, par exemple, le tableau relatif aux classes dites moyenne consultable : ici !

Cependant, la vérité est autre, il n’existe que deux classes sociales. La première est une fusion des trois classes citées précédemment et la seconde n’est qu’une petite partie de la classe dite supérieure que nous appellerons classe privilégiée.

I : la classe majoritaire

La classe majoritaire se compose de près de 99% de la population. Bien évidemment, une disparité importante de revenus peut exister. Cette disparité s’expliquant par de nombreuses raisons telles que le niveau d’étude, le relationnel ou, tout simplement, un certain facteur de chance.

Synthétiquement, on peut constater une disparité de l’ordre d’un ratio de 1 à 20. Avec des revenus de 800 euros pour les travailleurs les plus pauvres et des revenus dépassant les 15 000 euros par mois pour les plus aisés à l’instar d’un chirurgien travaillant dans le privé.

Pourtant et, malgré cela, le mode de vie de ces différents travailleurs reste le même.  En effet, ceux-ci se lèvent tôt le matin pour aller travailler, ils prennent les mêmes transports pour se rendre à leur lieu de travail, ils travaillent la semaine et se reposent le weekend, ils font leurs courses eux-mêmes, ils n’ont pas de personnels pour assister le moindre de leurs faits et gestes, ils ne partent en vacances que quelques semaines par an, ils n’ont pas de compte ni de résidence aux quatre coins du monde.

Evidemment, il est inutile de nier que les plus aisés disposent de facilités que les travailleurs pauvres. Ils possèdent une plus belle résidence, un plus beau véhicule, ils peuvent prendre davantage de vacances. Mais les ressemblances de leur mode de vie apparaissent plus fortes que leurs disparités.

Enfin, et surtout, les modalités d’accès aux différentes catégories de professions et donc de revenus de la classe majoritaire sont ouvertes à la totalité des citoyens.

L’égalité des citoyens à l’accès aux différentes professions est censée être équivalente. Cela conformément à la devise de notre République « liberté, égalité, fraternité » ainsi qu’à l’article 1 alinéa 2 de notre Constitution disposant que « la loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives, ainsi qu’aux responsabilités professionnelles et sociales ». Cet article assurant, tout à la fois, l’égalité et la parité des citoyens.

En effet, l’école de la République est ouverte à tous et cela sans considération de la catégorie socioprofessionnelle des parents. Ainsi, un enfant, dans la seule limite de ses capacités, peut effectuer n’importe quel cursus scolaire. Cela lui ouvrant tout un panel  de diplômes lui permettant d’exercer une profession comme médecin, comptable, scientifique ou bien électricien. En effet, un système de bourse est mis en place pour les étudiants les plus défavorisés (bourse sur critères sociaux, au mérite,…). Même si des problèmes subsistent notamment dans les établissements scolaires des zones défavorisées où l’apprentissage se révèle plus difficile que dans les beaux quartiers.

Cette égalité est également assurée par les concours d’accès à la fonction publique. Ici seule compte la compétence et non le copinage ou la naissance pour accéder aux plus hautes fonctions administratives (les fonctionnaires de catégorie A+) telles que l’école des commissaires de police, l’école nationale de la magistrature (ENM) ou d’administration (ENA).

Ainsi chaque citoyen, sans distinction de sa naissance, peut effectuer la totalité des professions appartenant à la classe majoritaire. Cela démontre l’unicité de ladite classe où les ressemblances apparaissent plus fortes que les disparités.

A l’opposé, il y a la classe privilégiée où les modes d’accès et le mode de vie sont totalement différents de ceux de la classe majoritaire.

II : la classe privilégiée

Cette classe ne correspond qu’à 1% de la population et pourtant ils cumulent les millions. Thomas Piketty, économiste français, rappelle que ce 1% dispose de 20 % des richesses mondiales. A noter, également, que les 85 milliardaires les plus riches possèdent autant que la moitié la plus pauvre de l’humanité. Cette économiste démontre d’ailleurs que ce phénomène risque de s’amplifier car les richesses provenant du capital augmente plus rapidement que la croissance économique. Cela conduisant à accentuer les inégalités.

Une analogie est possible avec la situation de la noblesse sous l’ancien régime dont les privilèges ont été abolis la nuit du 4 août 1789. Ceux-ci disposaient de la majorité des richesses alors qu’ils ne représentaient qu’une infime minorité. La situation est analogue, la classe privilégiée dispose de la majorité de la richesse économique mais aussi d’un poids politique très important. En effet, l’avis d’un électeur lambda est beaucoup moins écouté que celui d’une personne appartenant à ladite classe privilégiée.

Ici le mode de vie de la classe privilégiée ne correspond plus du tout à celui de la classe majoritaire. En effet, leur travail, s’ils travaillent car bien souvent ils ne font que ramasser les dividendes provenant du travail de la classe majoritaire, est complètement différent. Ils se permettent d’avoir un train de vie en total décalage en usant de jet privé ou de yacht.  Ils sont assistés par de nombreuses personnes. En somme tout le contraire de la classe majoritaire.

De même que la modalité d’accès qui ne ressemble en rien à la classe majoritaire. En effet, la majorité de la classe privilégiée détient leurs richesses de leurs ascendants, à l’instar de la famille Hilton, Rockefeller ou bien Bettencourt. Les autodidactes tels que Bill Gates ou Mark Zuckerberg restent l’exception. Ainsi les 99% de la population même en travaillant éreintement et en luttant cœur et âme se voient bloqués l’entrée de cette classe. A l’intérieur de la classe majoritaire des évolutions sont toujours possibles. Par contre, aucun passage de la classe majoritaire à la classe privilégiée n’est possible en principe.

 L’inscription « vous qui entrez ici, abandonnez toute espérance » inscrite, selon Dante dans sa « Divine Comédie », sur la porte de l’entrée des enfers peut être détournée en « vous qui souhaitez entrer ici, abandonnez toute espérance ».

Ici le ratio précité ne correspond plus à rien eu égard à l’ordre de grandeur impressionnante. En effet, s’il était d’environ 1 à 20 dans la classe majoritaire, entre les deux classes le rapport n’est plus le même. Même si on prend un revenu très correct de la classe majoritaire de l’ordre de 5 000 euros par mois face à une personne gagnant un million ou un milliard d’euros par mois, le rapport devient de 1 pour 200 dans le premiers cas et de un pour 2 000 dans le second.

Cette classe minoritaire est paradoxalement la classe dominante de la société. Dans ce cas pourquoi les tensions ont lieu à l’intérieur de la classe majoritaire plutôt qu’entre les deux classes ?

III : pourquoi une telle lutte au sein de la classe majoritaire ?

Autant le dire tout de suite, cette idée de séparation des classes sert seulement à monter les gens du peuple les uns contre les autres afin que cette classe privilégiée puisse rester tranquillement maître de ses privilèges.

Pour cela les techniques sont habiles, il suffit de mettre en exergue des inégalités certes existantes mais qui, en valeur, sont minimes par rapport à celles existantes entre la classe minoritaire et privilégiée. Par exemple, en affirmant que les retraités ne devraient pas bénéficier de l’abattement de 10% relatif à leurs charges concernant l’impôt sur le revenu, en estimant que le régime des intermittents du spectacle n’est pas équitable face à celui de droit commun ou bien criant au scandale que les cheminots bénéficient encore de la prime du charbon alors que cela fait belle lurette qu’il ne touche plus un gramme de charbon lorsqu’ils conduisent un TGV.

A côté de cela, des inégalités bien plus importantes existent et ne sont jamais mises sur le devant de l’actualité. Par exemple, personne ne s’émeut des dividendes de plusieurs milliards versées par certaines multinationales comme Total à ses actionnaires, sur le fait que les entreprises du CAC 40 payent, en proportion, moins d’impôt sur les sociétés qu’une PME ou sur le fait que près de 80 milliards d’euros sont détournés tous les ans par le biais de la fraude fiscal alors qu’il serait aisé de lutter contre ce fléau (voir article précédant sur le sujet). D’autant plus que le gouvernement recherche 50 milliards d’euros pour contenter Bruxelles et qu’il préfère s’attaquer à la classe majoritaire plutôt qu’à la classe privilégiée ;

IV : que risque-t-il d’advenir ?

Combien de temps cette situation peut-elle encore perdurer ? Une situation où l’écrasante majorité peine à se faire entendre face à une classe privilégiée omnipotente alors qu’elle ne représente personne. Ce problème de la lutte des classes avec le rapport dominant/dominé a été illustré par Marx et Engels sauf que ce n’est plus une élite politique qui dispose du pouvoir mais une élite économique. Les politiques ne disposent, en effet, que d’un pouvoir illusoire et ne sont, pour la plupart, que des subordonnés à cette classe privilégiée rêvant en secret de l’intégrer plutôt que de défendre les intérêts de la classe majoritaire.

Huntington dans son ouvrage « le choc des civilisations » indiquait que le conflit intervient lorsque le seuil de tolérance est dépassé. Dans son ouvrage, Huntington pense surtout aux conflits de religion mais son analyse peut aussi fonctionner lors des chocs de classe.

Toutefois, pour éviter une révolution comme en 1789, la classe privilégiée applique les enseignements de Machiavel afin de garder la pouvoir. A savoir garder la majeur partie du gâteau mais contenter le peuple en lui laissant quelques miettes pour, qu’en cas de révolution, ledit peuple ait beaucoup à perdre sans savoir ce qu’il peut réellement espérer gagner.

Certains à l’instar de Warren Buffet, milliardaire américain qui a déjà été l’homme le plus riche du monde, estime que les 1% ont déjà gagné la guerre. Néanmoins, il est certain que la classe privilégiée a gagné une bataille en créant des divisions au sein de la classe majoritaire mais cela ne peut s’analyser comme une victoire absolue et définitive.

Cette situation conflictuelle fait énormément penser au pamphlet rédigé par l’abbé Sieyès en janvier 1789, juste avant la réunion des Etats généraux précédant la Révolution, où le tiers-Etat suffit d’être remplacé par la classe majoritaire :

« Qu’est-ce que le Tiers-État ? Le plan de cet Écrit est assez simple. Nous avons trois questions à nous poser :

1° Qu’est-ce que le Tiers-État ? Tout.
2° Qu’a-t-il été jusqu’à présent dans l’ordre politique ? Rien.
3° Que demande-t-il ? À y devenir quelque chose. »

 « Qui donc oserait dire que le Tiers-état n’a pas en lui tout ce qu’il faut pour former une nation complète ? Il est l’homme fort et robuste dont un bras est enchainé. Si l’on ôtait l’ordre privilégié, la Nation ne serait pas quelque chose de moins, mais quelque chose de plus. Ainsi qu’est ce que le Tiers-État ? Tout, mais un tout entravé et opprimé. Que serait-il sans l’ordre privilégié ? Tout. Mais un tout riche et florissant. Rien ne peut aller sans lui, tout irait infiniment mieux sans les autres.

On verra si les réponses sont justes. Nous examinerons ensuite les moyens que l’on a essayés, et ceux que l’on doit prendre, afin que le Tiers-État devienne, en effet, quelque chose. Ainsi nous dirons :

4° Ce que les Ministres ont tenté, et ce que les Privilégiés eux-mêmes proposent en sa faveur.
5° Ce qu’on aurait faire.
6° Enfin, ce qui reste à faire au Tiers pour prendre la place qui lui est due. »

 JuristeG

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