La fin de l’identité française et l’échec de la nation européenne

Qu’est-ce qu’être français ? Cette question déchaine les passions comme le démontre le débat avorté sur « l’identité nationale » ou bien les nombreux ouvrages sur la question tels que Dire non d’Edwy Plenel ou L’identité malheureuse d’Alain Finkielkraut. Cela s’explique par l’importance de la réponse puisque peu de personnes osent nier le fait que des problèmes d’intégration ou, selon les auteurs, d’assimilation existent en France.

Pourtant les politiques n’osent que très peu aborder cette question devant la place publique de peur de marcher sur des œufs et se montrent, ainsi, très circonspects sur le sujet.

Traditionnellement deux grandes théories philosophiques permettent de répondre à cette question.

En premier lieu, la conception allemande, très rigide, affirmant que pour être de la même nation, il convient de vivre sur le même territoire, de parler la même langue et d’appartenir au même peuple. En somme pour être allemand, il faut parler allemand, vivre en Allemagne et s’adapter aux us et coutumes allemandes. C’est d’ailleurs pour cette raison que la double nationalité est prohibée outre-Rhin.

En second lieu, la conception française, plus romantique, s’appuyant sur un sentiment d’appartenance commune à la même nation. Ainsi pour être français, il convient de se considérer comme appartenant à la nation française. Cette notion plus souple admet la double nationalité.

Edwy Plenel semble préférer la théorie française. Dans son livre Dire non il a pris l’exemple de la population bretonne pour illustrer son propos. Il rappelle que le terme baragouine provient de l’assemblage de « bara » qui signifie pain et de « gwin » signifiant vin. En effet, lors des disettes frappant la Bretagne, ces habitants souhaitaient vendre leur force de travail dans les grandes villes situées à l’extérieur de leur région. En récompense ces derniers demandaient deux choses : du pain et du vin.

Ce terme était donc, à l’époque, utilisé pour se moquer des bretons maitrisant mal la langue de Molière. Aujourd’hui, il est utilisé pour se moquer des nouveaux étrangers éprouvant des difficultés à maitriser le français.

On peut rajouter l’exemple du terme péjoratif « plouc »  qui désignait les personnes d’origine bretonne. Cela car de nombreuses localités bretonnes commencent par « plou » qui signifie « paroisse » en breton. Il suffit de se rendre dans le Morbihan ou dans le Finistère pour se rendre compte du nombre conséquent de communes bretonnes commençant ainsi.

Et pourtant, malgré tout cela, ces bretons se considéraient comme français et étaient fiers de l’être comme l’illustre le sacrifice d’une multitude de bretons lors des guerres opposant la France à divers États étrangers. Le problème ne provenait donc pas des bretons mais du reste des français.

Ainsi comme le démontre Edwy Plenel, la langue n’est pas un élément inhérent à l’identité nationale mais elle n’est pas, pour autant, vaine car la langue est un facteur d’intégration. D’où, M. Plenel ne semble pas tirer les conclusions de ses propres constatations puisque la théorie française montre ses limites en matière d’intégration. En effet, si la conception française sacralisant le sentiment d’appartenance à la nation est primordiale pour les arrivants, il faut encore que ces derniers soient acceptés. Pour cela il semble que la conception allemande facilite l’intégration.

Comme en amour, la réciprocité des sentiments est essentielle. Il est indispensable que l’étranger, pour qu’il puisse s’intégrer, se considère comme français mais il faut aussi que les autochtones le considèrent comme l’un des leurs. Pour cela, l’étranger se doit d’apprendre tous les codes du pays hôte afin d’être le plus similaire possible à l’accueillant. Dans le cas contraire, si l’arrivant n’adopte pas les us et coutumes française, il aura beau se considérer comme français, il éprouvera des difficultés à s’intégrer.

Évidemment, cela n’oblige pas l’étranger à abandonner complètement sa culture d’origine car la ressemblance avec les français s’exerce dans la sphère publique. A contrario, dans la sphère privée, l’arrivant est en droit de conserver sa culture et un État de droit comme notre République se doit de protéger cette liberté. Cela à l’instar de la religion qui doit rester une affaire privée puisque, de par son histoire, les français supportent mal l’ingérence ostensible de la religion dans la sphère publique.

Pour éviter le risque d’un multiculturalisme exacerbé, l’État français a cherché à unifier les français selon une langue, des valeurs et des symboles communs. Par exemple avec la figure de Marianne, symbole de la France personnifiée, avec notre hymne national ou bien par la volonté de mettre fin aux différentes langues régionales et de promouvoir le français comme la seule langue de la République conformément à l’article 2 de la Constitution de 1958.

Cette importance des symboles nationaux et, par conséquence, de la conception allemande de l’identité nationale trouve une illustration dans la construction de l’Union Européenne. Ainsi, la magnifique 9ème symphonie de Beethoven est devenue l’hymne européen, une nationalité européenne a été créée, de même qu’un drapeau européen et une constitution européenne avait même été prévue mais fut rejetée par plusieurs États-membres de l’Union dont la France par référendum du 29 mai 2005.

Logiquement pour créer cette nation européenne, il faut détruire les différentes identités nationales des États-membres afin d’éviter des intérêts contradictoires. Cette volonté d’intégration à l’Union Européenne aboutit à une réticence par l’État français à tout patriotisme. L’abandon de la fierté de nos symboles nationaux est une des explications à l’avènement du multiculturalisme et à l’échec de notre intégration. Alain Finkielkraut dans son ouvrage précité souligne à quel point le fait de déclarer sa fierté d’être français est perçu comme réactionnaire et ringard. Le risque est de voir la communauté française se désagréger pour aboutir à un individualisme ravageur.

Cette fin du patriotisme national ne concerne pas seulement la France mais trouve aussi écho dans nombre de pays de l’Union Européenne à l’instar de l’Écosse où un référendum sur son indépendance doit avoir lieu en le 18 septembre 2014, de la Catalogne, région la plus riche d’Espagne, où nombre d’habitants considèrent que les richesses sont mal redistribuées et demandent la consultation sur l’indépendance par référendum, en Belgique où les Wallons et Flamands se déchirent et même en Italie où le nord considère que le sud n’est pas assez rentable.

L’explication de la montée de la régionalisation dans les pays où la nation n’était pas assez unifiée est simple. Il suffit de se souvenir des enseignements de Kant prônant une interdépendance économique des États pour assurer la cohésion des peuples.

Auparavant, ces régions séparatrices étaient économiquement dépendantes de leur pays hôte notamment par le biais des droits de douanes. Prenons le cas de la Catalogne, pour exporter ses marchandises dans un pays tiers, elle se devait de payer lesdits droits de douane d’où cela était économiquement préjudiciable. A contrario, elle pouvait transporter gratuitement ses produits dans toute l’Espagne. Un intérêt commun à leur union existait en conséquence malgré la faiblesse de l’identité nationale espagnole. Aujourd’hui, avec la fin des frontières et la libre circulation des marchandises, la Catalogne peut exporter ses produits dans l’Union Européenne sans régler de droits de douane. L’unité avec l’Espagne n’est donc plus aussi économiquement intéressante. (Voir ici les autres conséquences économiques de l’UE).

La perte de l’identité nationale des États-membres fonctionne à plein régime. Paradoxalement, au niveau de la nation européenne, cela ne fonctionne pas du tout. Aucune solidarité européenne n’existe. Les différentes populations des États du nord sont plus que réticentes à aider les pays du sud tels que la Grèce ou l’Espagne accusés d’avoir mal gérés leur économie. Personne ne souhaite leur venir en aide. Le risque est donc l’éclatement des États nations et la création d’une Europe des régions.

Toutefois, cela est peut-être la volonté de certains pro-européens et antinationaux car si les pays membres de l’Union se disloquent en plusieurs régions, une perte de puissance interviendra inéluctablement. La conséquence sera qu’aucune de ces régions ne sera assez forte pour contrecarrer la toute-puissance de Bruxelles.

Nos gouvernants ont donc réussi l’exploit de porter atteinte au sentiment d’union nationale sans réussir à créer un sentiment de nation européenne.

Les élections européennes sont primordiales pour continuer ce mouvement ou le stopper. Votez le 25 mai 2014.

JuristeG

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2 Réponses à “La fin de l’identité française et l’échec de la nation européenne”

  1. William Dit :

    Permettez-moi de vous faire remarquer que l’individu seul est responsable de son identité et a la charge de la porter. Moi-même, en tant que belgo-britannique adopté par la France, je suis fier d’appartenir à ces trois Nations. Je suis également fier d’être européen. Aucune de ces identités n’est incompatible avec les autres.

    Si le Français cesse d’être patriote, ce n’est que sa propre faute. Un individu est doué de raison; il est censé connaître ses origines comme la terre qui l’a vu grandir ou qui l’a accueilli. Il est donc ne pas renier son identité, et ce que l’on créé de nouveaux symboles ou non. Si vous perdez votre patriotisme, cela veut simplement dire que vous n’êtes pas capables d’assumer votre identité et qu’elle va disparaître, ce qui est le signe de votre décadence. Tant pis pour vous, vous êtes responsables de votre déclin.

    De la même manière, vous parlez d’une absence de solidarité entre les peuples européens: croyez-vous seulement que les Français sont solidaires entre eux lorsque l’Etat n’est pas en train de les forcer à partager leurs richesses? Je passe bien entendu de côté certains sursauts comme celui consécutif à l’appel de l’Abbé Pierre, puisqu’ils sont trop rares pour être relevés. Par ailleurs, l’Allemagne a fourni beaucoup d’efforts au moment du « pic » des crises budgétaires et il est faux de dire qu’il n’y a pas eu la moindre solidarité, au contraire. Une partie des contribuables a rouspété, mai cela arrive chaque fois que l’on dépense pour d’autres qu’eux, et qui plus est pour des personnes présentées comme ayant fini dans cette situation parce qu’irresponsables: cela se produirait aussi en France si l’on annonçait une augmentations importante des allocations chômage en ces temps de matraquage fiscal.

    Les Etats d’Europe du Nord ont mis la main à la pâte pour aider l’Europe du sud, dans la mesure de leurs moyens financiers et en essayant de ne pas trop fâcher leur contribuables. Dire qu’il n’y a aucune solidarité, c’est tout présenter en noir et blanc quand la réalité est plus complexe.

    Ensuite, vous affirmez que ces régions ne seront pas assez puissantes face à la toute-puissance de Bruxelles. Auriez-vous déjà oublié que les représentants de ces régions forment des coalitions au sein du Parlement Européen? Que ce sont de surcroît des représentants des Etats comme des régions autonomisées qui participent à la désignation des membres de la commission? Vous oubliez que vous cohabitez avec d’autres pays et régions, vous ne pouvez pas obtenir TOUT ce que vous exigez de l’Europe: vous devez faire des compromis avec vos voisins et c’est normal. Cette rhétorique quant à une Bruxelles toute puissante relève de l’inassouvissement de caprices, puisque l’Europe représente tous les Etats.

    Enfin, l’autonomisation des régions semble vous effrayer: n’est-ce pas la fin d’une toute puissance de l’Etat central que vous regrettez? Il serait peut-être temps de couper le cordon et d’apprendre à gérer vos affaires vous-même, non? Vous seuls êtes maîtres de votre destin. La République est un Etat de Droit; elle n’est pas là pour avoir réponse à tous vos problèmes.

    Sur ce, bonne soirée.

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    • JuristeG Dit :

      Bonjour,

      Tout d’abord merci beaucoup d’avoir lu mon article et pour ces remarques très intéressantes.

      Concernant la première partie de votre message, il est certain qu’il appartient aux individus de préserver leur identité commune.

      Toutefois si un élément extérieur à l’individu comme l’Etat ou l’UE vient porter atteinte à cette identité, on ne peut accuser l’individu seul de décadence. En effet, dans ce cas, l’Homme se retrouve influencé et conditionné par un Etat censé protéger l’identité nationale et les valeurs communes.

      Il suffit de se reporter à l’exemple breton où l’Etat a souhaité anéantir la culture bretonne afin de de mieux intégrer les bretons à la nation française et en quelques dizaines d’années la langue et les symboles bretons ont été quasiment exterminés (bien que l’on assiste à une résurgence ces dernières années).

      Cet exemple démontre bien que plusieurs nations concurrentes (ou communauté) ne peuvent coexister paisiblement. On peut avoir des affinités pour plusieurs identités nationales mais il y a toujours une qui prend le dessus sur l’autre.

      Il suffit de prendre un exemple simple : pour une question d’égalité de tous les citoyens européens, pensez-vous qu’un salaire minimum équivalent doit être instauré dans tous les Etats-membres de l’UE quitte à baisser drastiquement le niveau de vie des pays aisés mais en augmentant considérablement le niveau de vie des pays pauvres de l’UE ?

      Si oui, c’est que, pour vous, l’identité européenne a pris le dessus sur votre identité française, belge ou britannique. Tandis que dans le cas contraire, votre sentiment d’appartenance à une communauté nationale est toujours la plus forte.

      En France, peu de personnes oseraient demander un SMIC plus élevé dans une partie de la France pour baisser celui de l’autre partie. Cela pour des raisons d’égalité dans une même communauté. Alors qu’au contraire, il est très courant d’entendre que la disparité des salaires minimum selon les pays est une chose normale. C’est bien que les européens n’ont pas le sentiment d’appartenir à la même communauté sinon ils demanderaient l’égalité parfaite pour tous les citoyens.

      Cela nous amène donc à votre seconde partie relative à la solidarité. Il est certain que les français rouspètent quant aux prélèvements des impôts mais, paradoxalement, ils sont attachés à leur modèle social de redistribution des richesses.

      Les critiques les plus vives et les plus récurrentes sur le partage des richesses concernent des personnes dont une partie des français pense qu’ils ne font pas partie de leur communauté (les étrangers, les roms,…). Pour les personnes considérées comme des « assistés » et faisant pourtant partie de la communauté française, la raison des critiques est autre. En effet,les français ont l’impression qu’ils ne font pas d’efforts et qu’ils profitent de la générosité des autres.

      Ainsi, une majorité des français ne veulent pas revenir sur la sécurité sociale qu’il considère comme une très bonne chose (tant que les aides sont à destination de ce qu’ils considèrent comme faisant partie de leur communauté).

      Cette absence de solidarité européenne s’affirme aussi dans des sondages d’opinion. Un des sondages demandait à divers habitants de l’Union Européenne s’ils étaient prêts à des sacrifices financiers pour aider une région de leur pays subissant une catastrophe climatique (inondations, ouragans,…), la majorité des habitants répondirent oui. La même question était posée mais cette fois, il convenait d’aider un autre Etat membre de l’UE. Ici, la majorité des réponses était non. Les habitants ne voulaient donc pas baisser leur niveau de vie pour aider des personnes qu’ils ne considéraient pas comme appartenant à leur communauté.

      Concernant votre exemple, les Etats ont justifié l’aide à destination des pays du sud en affirmant qu’en cas d’absence d’aide, la crise se répercuterait sur les pays riches. Donc une aide, non pas pour aider les pays en difficulté mais, pour préserver le mode de vie des pays riches. Ainsi, l’aide n’était pas de bon cœur mais intéressée.

      Concernant votre troisième partie sur la montée en puissance de la régionalisation, on peut constater que l’adage « diviser pour mieux régner » s’applique étonnamment bien pour l’UE. Cela car il est plus aisé de lutter contre une foule de régions plutôt que contre des Etats puissants. Prenons l’exemple du Royaume-Uni : si jamais l’Ecosse obtient son indépendance en 2014, cela affaiblira nécessairement le Royaume-Uni qui disposera d’un poids moindre dans l’UE.

      Si l’UE a vocation à devenir un Etat fédéral, il sera plus facile de contrôler une multitudes d’Etats fédérés de population et de taille équivalentes que de contrôler plusieurs Etats fédérés sortant du lot comme en ce moment avec l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni,…

      Ensuite j’ai l’impression que vous surestimez l’importance de nos représentants présents au parlement européen puisque la majorité des lois sont préparées par des technocrates non élus ou par des lobbys dont l’influence au sein du parlement est grandissante (le député européen José Bové a d’ailleurs beaucoup critiqué la puissance desdits lobbys).

      Et pour répondre à votre question, non je ne trouve pas normal de faire des compromis avec les pays voisins. Cela car je me considère comme appartenant d’abord à la communauté française avant la communauté européenne. Donc les intérêts français doivent être, selon moi, privilégiés quitte à ce que cela soit au détriment de l’intérêt général des autres pays européens.

      Pour le moment une communauté européenne reste utopique car les gouvernants font les choses à moitié. Ils tentent d’affaiblir les identités nationales (ils y arrivent avec la montée en puissance de la régionalisation au détriment des Etats-nations) mais l’affirmation d’une identité européenne ne prend pas malgré des symboles communs (drapeau, hymne,…) car il manque les éléments d’appartenance à une identité les plus importants comme une langue, une histoire ou une législation commune.

      Cordialement,

      Répondre

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