La sacralisation du corps de la femme et la partialité des infractions

Suite à des siècles de dominations et de violences à l’égard des femmes, un mouvement féministe s’est développé pour revendiquer des droits équivalents à ceux des hommes et le naturel respect dû aux corps des femmes.

En matière de législation, ce mouvement est allé de victoire en victoire : de l’IVG à la création d’une infraction de viol entre conjoint en passant par le droit de vote des femmes en 1944.

Les revendication les plus importantes relatives au corps de la femme concernaient l’inviolabilité et la libre disposition du corps de la femme.

Concernant la libre disposition du corps de la femme, cette revendication semble acquise depuis de nombreuses années notamment par la mise en place de l‘IVG grâce à loi Veil de 1975. Récemment encore,  la loi Vallaud-Belkacem de 2014 a facilité l‘accès à l‘IVG en supprimant la condition de « situation de détresse ».  De même, l’accès libre à la pilule contraceptive accentue cette libre disposition.

Concernant l’inviolabilité du corps de la femme, la législation a permis de sacraliser le corps de la femme. A ce niveau, toutes les armes pour lutter contre les discriminations sont en effet présentes puisque toute atteinte sexuelle (viol, agression sexuelle) est réprimée par le Code pénal.

Un premier bémol apparaît néanmoins étant donné que les définitions de ces infractions font présumer que la femme est la victime et l’homme est l’agresseur, le prédateur.

La plus grave des infractions sexuelles, le viol, permet de s‘en rendre compte de la partialité de ces définitions. Il se définit par « tout acte de pénétration sexuelle, quelqu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise ».

L’idée de pénétration fait de l’homme le coupable idéal puisqu’en  principe seul lui peut effectuer un acte de pénétration.  De plus, la pénétration renvoie à un rôle actif, rôle tenu par l’homme tandis que la femme à un rôle passif. Ainsi, cette infraction vise les hommes.

Avant de jeter la pierre aux législateurs de l’époque, il faut se rappeler que cet état de fait correspondait à la réalité de la société. Désormais, la situation est autre, les femmes ne vivent plus dans une société patriarcale mais dans une société égalitaire.

Au sein de la société, les mœurs millénaires sont toutefois têtus puisque l’homme garde la figure du Don Juan, de l’éternel séducteur qui doit multiplier les conquêtes tandis que la femme se doit de rester prude et passive en attendant le prince charmant.

Cela est de nature à poser des problèmes dans le cadre des infractions sexuelles.

Lorsque l’homme est coupable, peu importe qu’il soit ou non présumé coupable dès le début de l’enquête. On peut regretter une atteinte au principe de présomption d’innocence mais si l’homme a réellement commis les faits, on excusera cette atteinte.

Cependant, lorsque l’homme est victime d’une atteinte sexuelle par une femme, un véritable problème est à constater car s’il tente de raconter son histoire, moqueries et brimades seront de la partie. Personne pour le prendre au sérieux. Il est bien connu que l’homme en tant qu’être insatiable de sexe ne dirait jamais non à une relation sexuelle et, par conséquent, ne peut subir un viol puisqu’il est toujours consentant. En plus, physiquement n’est-il pas plus fort qu’une femme ? Il devait donc se laisser faire. Ces réactions lorsqu’un homme victime raconte son histoire peuvent malheureusement être multipliées à l’infini.

Il peut ainsi être difficile pour un homme victime de parler car si le viol est un tabou chez les femmes il l’est encore davantage chez les hommes.

Comme le démontre certaines enquêtes telles que celle menées par National Crime Victimization Survey qui a contacté 40 000 foyers pour leur poser des questions sur le viol et les violences sexuelles, l’enquête démontrait que 38% des victimes étaient des hommes. Cela contrairement aux idées reçues. Il ne faut donc pas s’arrêter aux chiffres de la police faisant du viol une infraction commise par des hommes.

On ne peut que se féliciter du fait que les femmes osent plus facilement qu’auparavant  trouver la police. Cela grâce aux campagnes publicitaires, à l’émancipation des femmes, au sentiment de honte qui se porte désormais non plus sur la femme victime mais sur l’auteur,… Toutefois, on ne peut que regretter que cette avancée ne concerne que les femmes victimes. Les hommes victimes gardant un sentiment de honte les empêchant de parler. Ajoutons à cela que les infractions sexuelles sont écrites pour des auteurs masculins, il semble évident qu’un homme n’osera pas franchir le pas du poste de police pour parler de peur de ne pas être pris au sérieux.

Un autre problème survient lorsque les deux protagonistes sont autant coupables l’un que l’autre. Prenons un exemple concret, lors d’une soirée, un homme et une femme qui ont bu autant, décident d’avoir un rapport sexuel, le consentement de chacun est biaisé par l’alcool. Le lendemain, la femme porte plainte pour viol. Il est certain que les enquêteurs vont facilement la percevoir comme une victime potentielle.

Cela peut s’expliquer aisément, dans notre cas, la femme qui ne souhaite pas passer pour une femme facile aux yeux de la société peut rechercher, consciemment ou inconsciemment, à se dédouaner. Pour cela, il faut un fautif, un coupable qui portera le poids de sa culpabilité. C’est simplement une volonté d’auto-protection permettant de se convaincre qu‘elle n‘a commis aucune faute et qu‘elle a gardé un comportement irréprochable. Cela afin d’éviter le regard malveillant que la société portera sur elle dans le cas contraire. Il est, en effet, plus aisé d’accuser une personne plutôt que de reconnaître sa propre défaillance.

Il est vrai que l’homme, dans cette histoire, a un rôle plus aisé à accepter. Par la société, il sera perçu comme un séducteur, il a seulement accompli son devoir que tout homme viril se devait d’accomplir. Pour lui, les réactions d’autrui face à son histoire seront bienveillantes.

A contrario, si l’homme, le lendemain, se rend au poste de police, il est peu probable que les enquêteurs voient en lui une victime potentielle et vont sûrement le dissuader de déposer plainte.

Pour une même action, la société porte donc un regard différent si la personne qui a commis cette action est un homme ou une femme. Le nœud du problème est donc ici, dans l’évolution des mœurs. Depuis l’émancipation sexuelle des femmes en 1968, celles-ci ont la libre disposition de leur corps et il est courant  qu’une femme, au même titre qu’un homme, souhaite multiplier les conquêtes. Néanmoins, comme la société n’accepte pas complètement cette émancipation, une femme qui se rend compte avoir commis une erreur peut reprocher à l’homme la totalité de la faute pour se déculpabiliser. En résumé, si au niveau de l’individu, une femme peut avoir un comportement sexuel similaire à celui d’un homme, au niveau de la société, les choses n’ont que peu évoluées.

En conclusion, pour assurer l’égalité homme/femme, il faut repenser les infractions sexuelles qui ont été pensées pour une société patriarcale où l’homme avait l’ascendant physique, matériel et psychologique sur la femme. Ces infractions ne sont plus en corrélation avec la société actuelle où le viol est aussi bien une affaire d’homme que de femme.

Comme la législation est souvent avant-gardiste sur l’évolution complète des mœurs, il faut réécrire ces infractions d’une manière plus neutre et moins sexuée pour éviter ce désastreux homme/ présumé coupable et femme/présumée victime car, peu importe, toute personne doit avoir le droit à la même protection.

Par cette modification, viendra naturellement l’évolution des mœurs où une femme pourra, elle aussi, choisir de multiplier les conquêtes tandis qu’un homme pourra, lui aussi, attendre patiemment son unique dulcinée.

JuristeG

 

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