Et si on supprimait le droit à l’héritage ?

L’héritage correspond à tous les biens acquis ou transmis par succession. En principe, la majorité du patrimoine d’un défunt est transmis à ses héritiers.

Un régime de la succession encadré

Le Code civil encadre, d’ailleurs, le régime de la succession (articles 720 et suivants du code civil). En conséquence, une personne ne peut pas faire ce qu’elle veut de ses biens en décidant, par exemple, de déshériter ses enfants. Sauf cas particuliers précisés à l’article 726 du code civil disposant que sont, obligatoirement, indignes de succéder et, comme tels, exclus de la succession :

1° Celui qui est condamné, comme auteur ou complice, à une peine criminelle pour avoir volontairement donné ou tenté de donner la mort au défunt ;

2° Celui qui est condamné, comme auteur ou complice, à une peine criminelle pour avoir volontairement porté des coups ou commis des violences ou voies de fait ayant entraîné la mort du défunt sans intention de la donner.

L’article 727 du code civil, quant à lui, concerne les indignations facultatives. Pour certains faits, le juge peut prononcer l’indignité. Toutefois, cela n’est pas une obligation. A contrario, des faits de l’article 726 du code civil.

Ensuite, si aucun testament n’est prévu par le défunt, le Code civil organise sa succession. Par exemple : en cas d’absence d’enfant, la moitié du patrimoine est pour le conjoint survivant et l’autre moitié pour les ascendants du défunt. En cas de présence d’enfants : le conjoint survivant peut recueillir la totalité de l’usufruit de tout le patrimoine jusqu’à son décès ou alors le quart de la pleine propriété. Les trois-quarts restant allant aux enfants.

Toutefois, l’objectif de cet article n’est pas de faire un cours sur le droit de la succession mais sur le pourquoi de l’existence d’un droit de succession, de son encadrement par le droit et sur les effets prévisibles de la suppression de l’héritage.

Un régime de la succession protégé

La transmission du patrimoine, qui signifie en latin « ce qui vient du père », accumulé durant toute une vie à ses héritiers découle du droit de propriété.

Ce droit est protégé par la norme la plus hiérarchiquement élevée de notre système juridique : le bloc de constitutionnalité. La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 considère, en effet, que quatre droits sont fondamentaux, naturels et inaliénables à tout être humain : la liberté, la résistance à l’oppression, la sûreté et la propriété !

Il est étonnant de constater à quel point le droit de propriété est protégé dans notre société actuelle. D’autant plus qu’il est un héritage de l’ancien régime.

Sous l’ancien régime, la société était constituée de trois ordres : la noblesse, le clergé et le tiers-état.

Les deux ordres privilégiés concentraient la majorité des richesses alors qu’ils ne représentaient qu’une minorité de la population (voir le pamphlet de l’abbé Sieyès : qu’est-ce que le tiers Etat ?).

Ils bénéficiaient en plus de privilèges exceptionnels comme le fait de ne pas payer d’impôt. La transmission de leur patrimoine à leurs héritiers n’arrangeait d’aucune manière la situation. La concentration des richesses s’effectuait de génération en génération. D’autant plus, que la qualité de « noble » était héréditaire.

La nuit du 4 août 1789, nuit de l’abolition des privilèges, les révolutionnaires sauvegardèrent le droit de propriété. Ils le consacrèrent même dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.

Pourquoi ? Car la Révolution de 1789 n’était pas populaire mais bourgeoise. Elle était composée de commerçants ayant fait fortune. Ils avaient profité du fait que les nobles, grands propriétaires terriens,  privilégiaient une vie de rentiers  plutôt que le travail.

Ils étaient révoltés que les nobles ne payaient pas d’impôts mais ne voulaient pas abandonner, au profit des pauvres, les biens qu’ils avaient accumulés en travaillant.

L’héritage : la cause d’inégalité la plus flagrante de notre société

Pourtant l’héritage est le contraire, même, du principe d’égalité. Principe qui fait partie de la devise française : liberté, égalité, fraternité. La succession rend inégaux les citoyens par le seul fait de l’endroit où ils naissent. Et comme le souligne Maxime Le Forestier dans « être né quelque part », il est difficile de choisir le lieu de notre naissance.

Les philosophes des lumières l’avaient, d’ailleurs, remarqués. Pour eux, la création de l’Etat découlait d’un contrat social signé entre les Hommes. Ce contrat avait, selon Locke et Rousseau, l’objectif de protéger la propriété des individus contre les menaces des tiers. Actuellement dans notre société, le droit protège la propriété des individus alors que dans un état de nature, seule la loi du plus fort s’impose.

Les révolutionnaires souhaitaient faire table rase du passé en s’inspirant des philosophes des lumières. Toutefois, pour certains domaines, l’inspiration semble très limitée…

Bien plus tard Marx reprit les mêmes thèmes, il affirma que le droit est un moyen au service de la classe dominante de protéger leurs biens contre la classe des prolétaires.

Actuellement, encore, la transmission du patrimoine entretient des inégalités flagrantes. Même si la situation est bien plus appréciable que sous l’ancien régime. Notamment grâce à notre pratique de redistribution des richesses.

Néanmoins, une nouvelle classe de privilégiée, comparable à la noblesse, est en train d’émerger. Cette classe est composée quasi-exclusivement d’héritiers et s’accapare la majeure partie des richesses de la société. Peu importe à quel point, une personne extérieure à cette classe fera des études ou travaillera, elle ne pourra jamais espérer atteindre cette classe privilégiée. Excepté des exemples très rares comme Mark Zuckerberg le créateur de Facebook. Nous assistons à la fin du self-made-man.

A titre d’illustration sur la concentration des richesses de cette classe, des statistiques récentes ont démontré que les 80 personnes les plus riches de la planète détenaient autant d’argent que la moitié de l’humanité les plus pauvres. 80 personnes ont, donc, autant de patrimoine que 3 500 000 000 personnes.

En France, la situation n’est pas mieux puisque 1% des français possède 30% des richesses nationales. Les 10% les plus riches concentrent près de la moitié du patrimoine total.

(Plus d’informations sur les conséquences possibles de ces inégalités : ICI !)

Ces statistiques empiriques permettent de vérifier les théories de Thomas Piketty dans son ouvrage « le Capital au XXIème Siècle », affirmant que plus un individu possède de richesses plus les richesses vont s’accumuler vers lui.

Alors pourquoi ne pas supprimer l’héritage ? Cela supprimerait la plus grande des inégalités. L’inégalité découlant de la naissance même.

Illustration pratique des conséquences de la suppression de l’héritage en France

Il suffirait pour l’État de confisquer le patrimoine d’une personne lors de son décès et de redistribuer ce patrimoine à la totalité des français. Lors de sa naissance, le citoyen français toucherait sa part d’héritage, non plus de ses ascendants, mais de toute la Nation. D’un héritage individualiste nous passerions à un héritage holiste.

Pour se faire une idée du montant qu’un enfant français toucherait en 2014, il convient de calculer le montant total du patrimoine des français et de le diviser par le nombre d’habitants composant notre pays.

Le patrimoine des français est estimé à 11 939 milliards d’euro. La population française est de 67 millions d’âmes. Cela donne 11 939 000 000 000 / 67 000 000 = 178 194 euros.

Ainsi, en 2014, lors de chaque naissance, un français toucherait près de 180 000 euros.

Poussons plus loin le raisonnement. Si cet argent était bloqué jusqu’à la majorité d’une personne avec un taux d’intérêt de 3% cela donnerait : 178 194 euros * 3% * 18 ans = 274 404 euros.

Pour commencer une vie, ce montant est appréciable. Les jeunes adultes pourraient directement acheter un logement ainsi que des biens courants (véhicules, meubles,…) sans demander à leurs parents de les financer. Cela favorisant la consommation. Bien plus qu’une concentration des richesses aux mains de grandes fortunes qui n’en font rien.

Un taux d’intérêt encore plus élevé serait possible en cas de nationalisation des banques. La nationalisation permettrait d’orienter les banques dans le seul objectif d’intérêt général plutôt que de privilégier les intérêts des grands actionnaires. Ainsi, les banques, ne cherchant plus à faire des bénéfices colossaux, pourront augmenter les taux d’intérêts. Selon le même principe que les associations qui n’ont aucun objectif lucratif.

Des aménagements seraient possibles pour ceux souhaitant racheter les biens de leurs parents. A l’instar, d’un droit de préemption sur les biens meubles et immeubles des ascendants défunts tels que le logement de famille ou les meubles dotés d’une valeur sentimentale.

Les difficultés et critiques inhérentes à toute suppression de l’héritage

En l’état actuel de la législation française, il serait impossible de supprimer l’héritage.

            -La difficulté européenne :

Déjà, à cause de l’Union Européenne puisque, depuis le traité de Maastricht en 1992, la libre circulation des personnes, des marchandises et des capitaux est le principe absolu. Si la France venait à supprimer la succession, il est évident que certaines personnes chercheraient à fuir la République française. Surtout les citoyens pouvant donner plus de 274 404 euros par enfant qui seraient perdants en cas de confiscation du patrimoine au décès et de redistribution aux nouveaux nés français.

La seule solution, pour la France, serait de quitter l’Union Européenne. Cela lui permettrait de mettre en place des mesures interdisant toute fuite des capitaux et de sanctionner les éventuels fraudeurs.

            -Le risque d’une dissimulation de l’actif pour cacher une partie de son patrimoine à l’État

Il est, également, possible que certains individus décident de dissimuler une partie de leur patrimoine pour contourner les règles de suppression du patrimoine et pour favoriser leur cercle familial proche (conjoint, enfant,…). Cela est favorable à l’intérêt particulier de l’individu mais contraire à l’intérêt général.

Des solutions existent. Il suffit de supprimer l’argent liquide et de privilégier les échanges numériques ou scripturaux (carte bancaire, chèque, virement, paiement par téléphone portable,…). Désormais, les technologies permettent de se passer de la monnaie fiduciaire (pièces de monnaie et billets de banque).

Les personnes vont travailler car toute augmentation du PIB entrainerait une augmentation de l’héritage

            -La diminution de la productivité

A écouter les thèses libertariennes (Voir le livre La Grève de Ayn Rand), le seul fait de supprimer l’héritage et de promouvoir une plus grande égalité suffirait à décourager les entrepreneurs dotés d’un esprit d’innovation à fonder une entreprise.

Ce paradigme est faux puisque la suppression de la succession n’entraine pas un égalitarisme forcé. Elle favorise, simplement, l’égalité.

L’égalitarisme consiste à traiter de la même façon des personnes qui sont dans une situation différente. Par exemple, en attribuant un même salaire à une personne qui a fait des études et à une personne sans diplôme. Cela est néfaste pour les sociétés. D’ailleurs, le Conseil constitutionnel admet que des personnes qui sont dans des situations différentes peuvent être traitées différemment. A l’instar de la PMA possible pour les couples hétérosexuels mais prohibée pour les couples homosexuels.

A l’inverse l’égalité consiste à traiter équitablement des personnes qui sont dans la même situation. Par exemple, deux enfants qui viennent de naître et qui n’ont, encore, rien accompli se retrouvent, évidemment, dans une situation analogue. En effet, rien, lors de la naissance, ne justifie d’être mieux traité qu’un autre citoyen.

En plus, la suppression de la succession n’entrainera aucune perte de motivation. Cela car la fin des héritages développera la méritocratie. Les efforts d’une personne seront récompensés tandis que la naissance ne le sera plus. Une personne travaille, avant tout, pour elle avant de se préoccuper de son éventuelle descendance.

Un citoyen motivé effectuant des études et travailleur sera récompensé par un bon salaire puisqu’il pourra devenir chef d’entreprise, médecin, magistrat, ingénieur,… A contrario, une personne se laissant couler et ne souhaitant pas travailler ne bénéficiera que des revenus minimums.

Ensuite, un génie pourra, toujours, devenir considérablement riche. Les milliardaires seront, véritablement, des personnes hors du commun (Bill Gates, Steve Jobs,…) et pas, seulement, des héritiers profitant du travail de leurs ancêtres (Paris Hilton, Liliane Bettencourt,..)

-Les descendants bénéficieront toujours du patrimoine provenant du travail des parents

La confiscation/redistribution du patrimoine ne causera aucun problème pour élever ses enfants. Eu égard à l’espérance de vie, un citoyen aura le temps d’élever ses enfants, ses petits-enfants et, même, ses arrières petits-enfants avant son décès.

Ensuite, les actifs ont, tout intérêt, à travailler puisque l’augmentation du patrimoine total des français bénéficierait à leurs enfants.

            -Le durcissement des conditions d’octroi de la nationalité française

Il est certain qu’une politique de redistribution avantagerait la majorité de la population française. Cela entrainerait, dans les premières années, un accroissement de la natalité et rajeunirait la population française, qui en a bien besoin, pour, ensuite, aboutir à une stagnation.

L’augmentation de la natalité entrainerait la fin du besoin d’immigration de travail.

Ensuite, pour éviter que la France ne devienne trop attirante. Il faudrait durcir drastiquement les conditions d’octroi de la nationalité française (droit du sang,…).

Conclusion

La fin du principe d’un héritage individualiste au profit d’un héritage holiste par le biais d’une confiscation/redistribution permettrait de corriger l’inégalité la plus prégnante de notre société. L’inégalité tenant à la naissance. Le principe de méritocratie connaitrait un renouveau. Une situation ubuesque où 10% des français détiennent 50% des richesses prendrait fin. Le patrimoine total des français serait rééquilibré entre les citoyens. Enfin, la France connaitrait une natalité importante et un rajeunissement de la population. Cela permettant une augmentation des actifs cotisant pour les retraités.

Actuellement, il est courant d’entendre les lamentations des élites politiques, médiatiques et intellectuelles qui se plaignent du manque d’égalité en France. Il est vain de s’apitoyer sur les inégalités qui rongent la France si, dans le même temps, on laisse subsister la cause principale : la transmission d’un patrimoine à sa descendance.

« Dieu rit des Hommes qui pleurent les conséquences dont ils chérissent les causes ». Bossuet.

JuristeG

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9 Réponses à “Et si on supprimait le droit à l’héritage ?”

  1. Anonyme Dit :

    Votre article est intéressant car il s’attaque en effet à la racine profonde des inégalités. Penser que l’héritage est juste et légitime, c’est penser que certains méritent d’être bien nés pendant d’autres déméritent d’être mal nés. L’héritage est donc un anachronisme clanique et népotique : un furoncle dans un pays élucubrant à l’envie sur la méritocratie qui n’a jamais eu court.

    Confisquer l’héritage pour le redistribuer à part égale aux jeunes générations est une idée intéressante. Cependant :
    1- sa mise en place ferait des laisser pour compte : ceux qui sont déjà nés sans patrimoine à terme avec leur seule force de travail et qui n’auraient rien. Des mesures transitoires me paraissent donc nécessaires pour rétablir une égalité pour ces personnes.
    2- Votre calcul du pécule de 180 k€ par individus est faux car il suppose que tous les possédants décèdent la même année. Le pécule fluctuerait grandement d’une année sur l’autre en fonction du nombre de décès et de la valeur du patrimoine des décédés et du marché de l’immobilier hautement spéculatif.
    Cela ne serait pas très juste non plus. Il faudrait donc un modèle mathématique de répartition plus complexe sur ce que vous décrivez qui permettent de lisser des aléas, par nature injustes.

    Vous proposez en fait de substituer au droit du sang familial un droit du sang national en quelques sortes. Ceci pose nécessairement question dans la mesure où la France a construit et construit encore sa richesse sur le sang de peuples colonnisés et esclavagisés. Finalement on peut se demander à qui appartient véritablement cette richesse nationales puisque toute richesse se construit sur l’exploitation de plus indigent que soi.

    Vous restez dans une logique travailliste méritocratique alors même que le chomage de masse est installé depuis 40 ans dans nos contrées pour des raisons évidentes. En effet, l’augmentation de la productivité/habitant ne justifie plus depuis longtemps d’assoir la rémunération sur le seul travail puisqu’il est évident qu’il n’y a pas assez de travail pour tout le monde. Plutôt que de le déplorer en faisant des incantations ubuesques à la Sainte croissance, à la création d’emplois tout en fliquant les plus pauvres, ne devrions-nous pas nous réjouir de l’absence de travail ?
    En effet, depuis l’age de pierre que l’homme invente des outils pour se faciliter la vie et avoir du temps, il est pour le moins aberrant pour ne pas dire carrément aliénant que l’on trouve normal de devoir bosser 40h par semaine pour un salaire minable permettant à la majorité de survivre plutôt que de vivre pleinement. Où est l’évolution, le progrès(?) depuis l’age de pierre ? Il convient donc de s’interroger sur la notion de progrès et son objectif réel ce qui amène nécessairement à remettre en question le projet de société et la fameuse valeur « travail ».
    Il s’agit en effet d’un problème de répartition des bénéfices liés au progrès, lesquels sont privatisés par l’actionnariat pendant qu’on fait culpabiliser les salariés devenus « inutiles ». Il me parait évident que de même que pour l’héritage, les bénéfices liés au progrès technologique devrait bénéficier équitablement à tous ce qui n’est pas le cas.

    Répondre

    • JuristeG Dit :

      Merci beaucoup pour votre réponse très constructive.

      Cet article a davantage une finalité philosophique qu’économique ; je n’ai pas effectué de recherches très poussées afin de calculer le pécule octroyé à chaque nouveau né.

      Par contre, ce calcul – qui je l’accorde est sommaire – peut fonctionner. il faudrait de toute façon arrêter arbitrairement une valeur ; elle pourrait être évolutive et recalculée tous les ans en fonction de critères prédéfinies telles que l’augmentation du PIB ou de l’inflation.

      Ce calcul peut fonctionner puisque l’État n’aura jamais besoin de redistribuer l’intégralité des richesses française à un instant T ; sauf à considérer que les 67 millions de citoyens décèdent en même temps, mais dans ce cas, la redistribution des richesses serait le moindre de nos soucis.

      De plus, les naissances sont suffisamment contrôlées pour arrêter un chiffre susceptible d’être géré par l’État. Pour mettre en danger les finances publiques, il faudrait que plusieurs dizaines de millions d’enfant naissent la même année.

      Votre proposition de mesures transitoires est une très bonne idée ; je n’avais pas pensé aux personnes déjà nées.

      Vous posez effectivement le doigt sur plusieurs problèmes. Entrer dans le débat de l’aliénation des habitants des pays pauvres au profit des pays occidentaux serait très long, et presque hors sujet. Par contre, au sein même de la France, la situation des travailleurs et des profiteurs poseraient problème. Lors de l’article, j’ai adopté une position manichéenne consistant à critiquer, de bout en bout, l’héritage ; pourtant la réalité est bien plus complexe. Il est vrai que la majorité de la population travaille à l’augmentation des richesses (les agriculteurs, professions libérales, ouvriers, artisans,…) ; mais une partie de la population française reste oisive. Comment convaincre les travailleurs de partager avec la descendance des français oisifs.

      Et l’immigration récente ? C’est une problématique encore plus importante – surtout en ce moment – car comment convaincre des français de partager avec la descendance des immigrés récents. Ce sont les ancêtres des français présents de longue date qui ont construit ce pays et augmenté la richesse nationale ; pour cela, ils ont trimé toute leur vie. Il suffit de se rappeler des conditions de travail dans les usines à l’époque du taylorisme, ou, encore pire, dans les mines. En comparaison, les conditions de travail actuelles – qui peuvent et doivent être améliorées – sont plaisantes par rapport à celles des mineurs ; pourquoi donc partager avec la descendance de ceux qui n’ont pas bâti le pays ?

      Je suis d’accord sur votre propos concernant le travail aliénant ; par contre, tous les travaux ne le sont pas. Donner une somme importante au citoyen lors de sa naissance lui permettra de mieux agencer sa vie ; il pourra effectuer un travail qui lui correspond davantage sans crainte de se trouver démuni. L’oisiveté n’est pas une solution tenable ; il ne faut pas oublier que le travail permet d’obtenir une reconnaissance personnelle et de la société (j’ai écrit un article sur le sujet : http://juristeg.unblog.fr/2014/01/12/quel-travail-pour-quelle-reconnaissance/)

      Hannah Arendt dans son ouvrage « La condition de l’homme moderne » rappelle que le travail a toujours été une valeur sociale importante pour rapprocher les individus, et pour s’épanouir individuellement. Même à l’époque grecque – où il n’hésitait pas à recourir à l’esclavage – un certain type de travail était valorisé ; le travail manuel était considéré comme dégradant, mais le travail relatif aux affaires de la Cité ou, encore, la philosophie était considéré comme noble.

      Par contre, vous avez raison sur le fait que l’inégale redistribution de la richesse est problématique ; cela ne peut se résoudre que par la nationalisation des multinationales. Confier à des acteurs privés (actionnaires ou dirigeants) la gestion de ces entreprises ne sera jamais favorable à l’intérêt général, ils ne font que privilégier leurs intérêts privés. Seul l’Etat peut effectuer cette mission. Il suffit de se pencher un instant sur la situation ubuesque de la privatisation des autoroutes – désastreuse pour les français, mais fantastique pour les actionnaires – pour s’en convaincre.

      JuristeG

      Répondre

      • Anonyme Dit :

        Il y a deux aspects sur lesquels je ne vous rejoins pas.

        1- La question de la nationalité. Vous posez la question :  » pourquoi donc partager avec la descendance de ceux qui n’ont pas bâti le pays ? ».
        J’entrevois ici un paradoxe par rapport au sujet de vote article qui s’attaque clairement à l’héritage de la descendance par le droit du sang. Cela pose la question centrale du 21ème siècle : celle de l’identité, ou plutot laquelle est-il le plus urgent de défendre car chacun-e de nous a plusieurs identités, plusieurs processus d’appartenance.
        Personnellement, l’appartenance que j’ai envie de défendre est celle d’appartenance à l’Espèce Humaine, au-delà de ma nationalité et de toutes les sous-identités qui, loin de me définir, ne sont qu’une grossière approximation de mon êtreté.

        Partant du principe que la plupart des objets que j’utilise au quotidien en tant qu’habitant d’un pays « développé » sont fabriqués à partir de matières premières extraites en dehors de mon pays et de travail exécuté dans des conditions que je réprouve, je ne vois aucune raison de me sentir plus légitime à avoir la jouissance de ses objets que celles et ceux qui ont permis leur création.
        En d’autre terme, celles et ceux qui sont nés dans des pays n’ont pas de légitimité quelconque à hériter de l’aisance puisque celle-ci est bâtie sur l’esclavage d’autres personnes à un endroit quelconque de la planète. Ils ne participent pas à bâtir le pays mais plutot à maintenir une domination Nord-Sud. Il y a des esclaves qui se croient libres de penser, de voter, de travailler, qui par l’inconscience de leurs servitudes entretiennent l’existence d’autres esclaves bien conscients de leur condition quant à eux.

        D’autre part, l’histoire est écrite par les vainqueurs et personne ne semble se poser la question de savoir comment vivaient les peuples des pays que nous sommes aller piller avant notre arrivée. Pour ne citer qu’eux, les aborigènes d’Australie ont vécu plusieurs dizaines de millénaires sur leur terre avant l’arrivée des 1ers colons. Idem pour l’Afrique qui est sans doute le continent regroupant le plus grand nombre de richesses en matières premières.
        Il y a eu un excellent reportage d’Arté dont j’ai oublié le titre qui traitait de cette question de l’invention occidentale de la pauvreté.
        La vérité que l’on se plait à oublier en occident est que les conquêtes navales se sont faites à cause des famines récurrentes qui menacaient l’ordre des puissants de l’époque (cf. petite âge glaciaire du moyen-âge). La richesse des comptoirs commerciaux du Sud, d’oreint et d’Extrême Orient auraient grisés les 1ers colons. On est bien loin de l’image contemporaine du tiers-monde.

        2- L’Etat, la nation ou l’état-nation comme solution. Il me semble que cette solution a déjà été tentée sans grand succès sur le continent eurasien. La solution est du côté des peuples et de leurs territoires, de leurs ressources qui leur ont été volés par les malades de l’appropriation qui se conjugue avec extermination et expropriation.
        Il y a 80 personnes sur cette planète qui possèdent 50% du patrimoine mondial.
        Nous avons un véritable problème qui, à l’instar des flux financiers des bankster, dépasse les frontières, les rendant par la même occasion obsolètes tout comme les crispations identitaires nationales.

        La solution est du côté des peuples, de l’auto-gestion comme c’est le cas dans un quartier d’athènes et dans pas mal d’autres endroits du monde où la résistance palpite. Mais pour ce qui concerne nos latitudes, il faut attendre des scénarii à la grecque pour que ces sursauts de conscience et d’action apparaissent.

        HA – Humain Authentique

        Répondre

        • JuristeG Dit :

          1)Je ne pense pas forcément tous les éléments en défaveur de la suppression de l’héritage. Pour l’immigration, c’est une critique que j’avais entendu suite à la publication de cet article ; même si ce n’est pas forcément ma pensée, c’est une question intéressante qui fait réfléchir.

          La question de l’identité – comme vous l’avez remarqué – est ici primordiale. Vous avez choisi comme identité « l’espèce humaine » ; c’est du cosmopolitisme, un citoyen du monde. C’est une pensée qui se défend depuis des millénaires. De Diogène aux philosophes des lumières avec leur volonté de diffuser universellement les droits de l’Homme. Même Kant (notamment dans son « traité de paix perpétuel ») a une pensée plus ou moins cosmopolite, car il pense que le mélange, l’interconnexion des peuples et l’interdépendance des économies peuvent garantir une paix perpétuel (Kant fonctionne peut être davantage par intérêt – pour assurer la paix – que par conviction). Sa théorie ressemble à ce qu’on tente actuellement avec l’Union Européenne.

          Mais l’intégralité des personnes ne fonctionnent pas ainsi (et je pense qu’il faut aussi les écouter). Certains peuvent privilégier une identité nationale, régionale voire religieuse. Avec le danger du communautarisme et donc de l’exclusion de « l’autre », mais cette pensée a aussi des avantages. Elle permet de garantir un niveau de vie plus élevé pour les membres de la communauté. C’est un peu votre exemple avec les pays pauvres, si demain on commence à partager toutes nos richesses avec les pays pauvres, forcément le niveau de vie des pays occidentaux baissera.

          D’où, la question l’identité est-elle inclusive ou exclusive ?

          2) C’est vrai que les aborigènes d’Australie avaient une culture avancée, de même que les indiens, mayas, aztèques ou incas,… Pour autant, faut-il vraiment en vouloir à nos ancêtres, et jeter ce qu’ils ont accompli ? autre époque, autres moeurs et autres valeurs, ils pensaient réellement faire le bien en « éduquant les sauvages ». Jules Ferry d’ailleurs le pensait.
          Pascal Bruckner a écrit un livre très intéressant sur le sujet : « le sanglot de l’homme blanc ».

          Oui, j’ai toujours trouvé l’autogestion intéressante ; par exemple, j’aimerais qu’une partie des salaires soit prélevée pour acheter les parts sociales d’une entreprise. Afin qu’à terme 100% du capital soit détenu par les salariés. cela pourrait éviter les politiques de rentabilité à très court terme ; favorisant peut être les actionnaires, mais en aucun cas, les salariés.

          Par contre, votre propos sur l’Etat me laisse perplexe(vous n’êtes pas le seul à le penser d’ailleurs). Il est frappant de constater à quel point les individus ne font plus du tout confiance à leurs représentants. Les citoyens se méfient de l’Etat comme un ennemi, alors qu’il devrait être leur protecteur.

          Répondre

  2. anonyme Dit :

    Qui sont les « français oisifs » ?
    Les rentiers, les actionnaires ou les gens privés d’emploi pour engraisser les premiers ?

    Il me semble qu’au cours de l’histoire, l’oisiveté a toujours été la spécialité pour ne pas dire un art de vivre d’une certaine catégorie de gens que j’appelerai les « possédants » etc etc.

    Lorsque l’on compare les chiffres de l’évasion fiscale (donc des plus riches : les véritables oisifs) avec ceux de la fraude aux aides sociales, il y a quelques zéros de différence (http://www.lesmotsontunsens.com/fraude-fiscale-fraude-sociale-deux-poids-deux-demesures-4402).

    Qui est le véritable « cancer de la société » ?
    A chacun de répondre en conscience.

    HA

    Répondre

    • JuristeG Dit :

      Je suis entièrement de votre avis. Une politique pénale d’acharnement est menée contre les fraudes commises par les personnes peu aisées. Cette politique est certes nécessaire, mais l’acharnement devrait être le même contre les « criminels en col-blanc ».

      Le carrousel de TVA est d’ailleurs la fraude la plus préjudiciable pour l’Etat français ; pourtant les moyens de lutte sont connus et efficaces (la Belgique a réduit de plus de 90% cette fraude). J’avais écrit un article sur le sujet d’ailleurs si cela vous intéresse : http://juristeg.unblog.fr/2014/02/20/la-pauperisation-de-la-france-et-la-folie-europeenne/

      Si cette lutte était menée, il n’y aurait même pas besoin de chercher à effectuer les dizaines de milliards d’euros d’économie budgétaire.

      Répondre

  3. Olivier Dit :

    Je trouve que cette idée ferait sens (même si à mon sens un héritage plafonné éviterai nombre de critiques) pour financer non pas un capital de naissance mais un revenu universel, et changer le rapport que certains entretiennent avec le travail.
    Je doute par contre de la capacité du système actuel à le promouvoir et encore plus à le mettre en place…

    Répondre

  4. herve Dit :

    Bonjour,

    je suis aussi pour une suppression totale de la succession , avec une modalité qui permettrait aux héritiers actuels de racheter à l’état une partie « sentimentale » des biens si ils s’en sont donnés les moyens .
    l’inégalité entre les individus restant suffisamment importante de part le milieu culturel, les aides et moyens investis par les parents sur les études, voir le job , ou l’accès au travail facilité par les parents .
    Le montant annuel des successions en france (55 milliars) dépasse l’impot sur le revenus .
    On pourrait donc aussi supprimer l’impot sur le revenu et financer l’état avec ces successions .
    Cela permettrait à ceux qui travaillent de bénéficier du fruit de leur travail ;
    Charge à chaque génération de faire l’effort .

    Il faudrait néanmoins des mécanismes régulateurs

    Répondre

  5. spon Dit :

    et même les gens de « bonne famille » pourraient toujours se sentir supérieurs, car ils hériteraient toujours de plusisuers choses : le savoir-faire de leurs parents, leur carnet d’adresse, leur culture.

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