Réflexions sur les causes et conséquences de l’attentat de Charlie Hebdo

« Les esprits supérieurs discutent des idées, les esprits moyens discutent des évènements, et les médiocres discutent des personnes». Jules Romains

Les attentats des 7, 8 et 9 janvier 2015 ont entrainé la mort de 17 personnes. Ils ont débuté par un massacre au cœur même du journal satirique Charlie Hebdo pour se terminer dans un supermarché Kasher. Les auteurs reprochaient au journal d’avoir blasphémé en publiant des caricatures du prophète Mahomet il y a de cela quelques années.

La réaction des élites politiques et médiatiques ne s’est pas faite attendre : condamnation des attentats, minutes de silence en hommage aux victimes, marches républicaines, vidéo du policier tué dans l’exercice de ses fonctions, interviews des rescapés et des proches des victimes, création d’un slogan réunissant le peuple « je suis Charlie »,…

Tout cela frisant l’indécence.

Enfin, il est vain de s’en étonner. Nous vivons dans une société où tout est spectacle, même un attentat… (Voir la société du spectacle de Guy Debord sur le sujet).

Le recueillement en mémoire des victimes est important et nécessaire. Il démontre que la société reste soudée autour de valeurs communes.

La transformation du recueillement en spectacle démontre une crainte, consciente ou non, des élites de voir s’effriter le contrat social cher aux philosophes des lumières. Il est vrai que d’apercevoir des français attaquer d’autres français est troublant…

Ce recueillement introduit par les élites mais accepté par une majorité de citoyens est rassurant. Il donne d’ailleurs tort à Thérèse Delpech affirmant dans un ouvrage (L’ensauvagement : le retour de la barbarie au XXIème siècle) que suite aux atrocités du XXème Siècle, l’être humain est devenu insensible. Les actes les plus horribles ne le choqueraient plus. Ce recueillement donne par contre raison au poème La conscience de Victor Hugo racontant l’épopée de Caïn qui, après avoir tué son frère, ne peut se défaire de sa conscience. Cette dernière l’empêchant de vivre paisiblement.

Le recueillement permet d’assurer la cohésion sociale mais est d’ordre purement symbolique. Même si le sacre du présent est inhérent à notre période historique, il faut aller plus loin. Dépasser la vision court-termiste de l’histoire et penser également long terme, discuter des idées et pas seulement des évènements

Depuis le mois de décembre les attentats n’en finissent plus. Il est donc intéressant de comprendre comment nous en sommes arrivés là et quelles conséquences en tirer pour éviter que des faits similaires ne se reproduisent encore et encore.

Le philosophe Michel Onfray pense que l’on paye la politique islamophobe menée par le France durant des décennies.

Une politique islamophobe extérieure : en matière de géopolitique, la position traditionnelle de la France à destination des pays arabes était la neutralité. Le général de Gaulle refusait de s’aligner devant les positions étasuniennes ou russes. La France faisait office de troisième voie.

Cette politique prit fin sous l’ère Chirac qui, bien que refusant l’attaque en Irak, décida de soutenir l’invasion de l’Afghanistan pour lutter contre les talibans responsables de l’attaque du 11 septembre 2001. Sous l’ère Post-Chirac, les présidents Sarkozy et Hollande alignèrent totalement leurs positions diplomatiques sur celles des États-Unis. Il en découla les interventions en Libye, au Mali et en Syrie.

Une politique islamophobe intérieure : une politique de « discrimination négative », pour reprendre le titre de l’ouvrage de Robert Castel, serait mise en œuvre à l’encontre de la communauté musulmane. C’est d’ailleurs contre cette discrimination que lutte l’association communautaire « Les indigènes de la République ». Les affaires du foulard islamique, du voile intégral, des prières de rues ou les débats lors de la construction de mosquées caractériseraient ces attaques à l’encontre de la communauté musulmane.

Les attentats récemment commis ou le refus de participation au recueillement national de la part de certaines personnes notamment des jeunes (voir l’article du Figaro) ne seraient que des réactions à cette politique islamophobe extérieure et intérieure.

Selon Michel Onfray, les attaques incessantes contre la communauté musulmane et son exclusion de la communauté française favoriseraient la montée de l’extrémisme.

Cette pensée est vraie.

Mais il ne faut pas s’arrêter si rapidement dans le raisonnement, il faut encore revenir en arrière et se demander pourquoi certaines personnes se sentent davantage musulmanes que françaises ? Pourquoi cette politique extérieure touche-t-elle autant la communauté musulmane française ?

Ce problème n’est pas exclusif aux musulmans français. Cela peut toucher tous les peuples et toutes les religions dès l’instant où le pays d’accueil n’arrive plus à assimiler les nouveaux arrivants. Dès lors où l’autochtone ne sert plus de référant culturel mais doit s’adapter aux nouveaux venus (voir l’ouvrage de Michel Tribalat. L’assimilation, la fin du modèle français sur le sujet). Cela  créant de multiples communautés au sein d’un même territoire.

Sauf qu’une partie des autochtones ne veulent pas s’adapter. Même si le nouvel arrivant, gardant son bagage culturel, se considère comme français, l’autochtone ne le considèrera pas comme un semblable. Comme en amour, il faut la réciprocité des sentiments pour que ce modèle fonctionne.

Ce nouvel arrivant et ses descendants (s’ils  gardent le bagage culturel de leurs ascendants) seront rejetés par les autochtones. Ils se sentiront exclus, ils en viendront à détester leur pays d’accueil.

Le problème ne provient donc pas de la politique française mais de ce conflit d’identités. Lorsque ces identités entrent en conflit, une prendra l’ascendance sur l’autre. Elles ne peuvent coexister paisiblement.

En cas de conflits, plusieurs moyens sont à disposition des intéressés :

D’une part, la tolérance. En tolérant ce conflit d’identités et en souffrant d’une chose qu’ils ne peuvent changer. La majorité de la population fonctionne ainsi. Cette majorité silencieuse ne fait pas de vagues et ne risque pas de briser la cohésion sociale.

D’autre part, la contestation. Elle peut s’effectuer selon les règles républicaines par le biais de la politique, de l’art tel que la musique, les livres ou le cinéma (d’ailleurs le rappeur Médine ou l’intellectuel Tariq Ramadan n’hésitent pas à critiquer les attaques menées, selon eux, contre la communauté musulmane) ou la Justice à l’instar des procès menés par des associations contre le journal Charlie Hebdo lors de la publication des caricatures de Mahomet.

Mais elle peut aussi s’effectuer en dehors des règles républicaines. Cela de manière pacifique, on songe à Thoreau prônant la « désobéissance civile » consistant à ne pas payer ses impôts lorsqu’on considère qu’un État est illégitime. De manière violente, à l’instar des attentats perpétrés par des extrémistes.

La meilleure solution serait d’éviter les conflits d’identités. Il est préférable que l’identité regroupant les français soit la Nation et non pas une religion (catholique, musulmane ou juive), une région (Bretagne, Corse), un sexe (le féminisme,…), une origine ethnique (comme la couleur de peau) ou autre. Cela, tout simplement, car ils existent, en France, plusieurs religions, plusieurs régions, plusieurs sexes et plusieurs origines ethniques.

Pourquoi cette perte d’identité ?

Cette perte d’identité découle de la volonté des pères fondateurs de l’Union Européenne (Jean Monet, Robert Schumann) qui pensaient que le nationalisme était un facteur de guerres. Il est difficile de leur donner torts, eux qui ont vécu les années terribles des deux guerres mondiales.

L’objectif était donc de détruire les identités nationales des pays européens. Cela pour créer une Nation européenne qui n’a toujours pas vu le jour et ne le verra sûrement jamais. L’abandon de l’identité nationale n’est pas seulement théorique mais a des conséquences importantes telles que la résurgence du séparatisme régionale en Europe (Écosse, Catalogne, en Belgique, en Italie,…) mais aussi la montée des communautarismes.

Cet abandon du monopole d’État sur la question de l’identité est dommageable. C’est à l’Etat d’intégrer les nouveaux arrivants avec une politique efficace. Le multiculturalisme ne fonctionne pas. Les pays le pratiquant notamment anglo-saxons (USA, Australie, Royaume-Uni, Liban,…) voient les diverses communautés, au mieux, s’ignorer, au pire, se détester et s’entretuer.

Cet attentat est le fruit de la bêtise de nos gouvernants. Ils se lamentent aujourd’hui mais sont la cause du malheur. «Dieu se rit de ceux qui déplorent des effets dont ils continuent de chérir les causes », Bossuet.

Pour cela, il faut que l’État français oblige les nouveaux arrivants à se comporter comme les autochtones. A l’instar de la politique d’assimilation menée par la France durant des années. Cette politique a prouvé son efficacité en intégrant des millions d’individus provenant d’horizons les plus divers.

Cette politique est violente, il est vain de le nier. La religion catholique en a fait les frais (Loi de 1905 séparant l’Église de l’État et mettant fin au Concordat de 1801, laïcisme exacerbé par Emile Combes lors de la IIIème République…), les régions qui éprouvaient certaines difficultés à s’intégrer comme la Bretagne également (prohibition de la langue de la culture bretonne).

Elle permet, néanmoins, d’éviter de tomber dans la violence d’une société multiculturelle ou du contrôle liberticide résultant d’une « démocratie sécuritaire », selon les termes de Pierre Rosanvallon, où Big Brother serait partout.

Il faut rassembler et intégrer tous les citoyens autour d’une même communauté, autour d’une même identité : la Nation. Seule identité permettant d’intégrer l’ensemble des citoyens français.

Des Hommes différents ne peuvent coexister paisiblement au sein d’une même région. L’Histoire nous l’avait pourtant appris. Des romains craignant les barbares se situant au-delà du Limes, d’Athènes en guerre avec les perses, du conflit déchirant la France entre catholiques et protestants et ainsi de suite. Mais nous avons tendance à faire table rase du passé et à oublier l’Histoire. « l’Homme est un loup pour l’Homme » selon Hobbes. Il appartient à l’État d’empêcher cette violence inhérente à l’homme de s’exprimer pour éviter de se retrouver dans un « état de nature » où tout n’est que violence.

Les pistes sont nombreuses : fin de la double nationalité comme en Allemagne, francisation des noms et prénoms ou la prohibition absolue des signes religieux dans l’espace public pour éviter la désécularisation de la société.

Ces pistes pourraient ne pas fonctionner mais l’inaction serait encore pire. « Les endroits les plus sombres de l’enfer sont réservés aux indécis qui restent neutres en temps de crise morale » Dante, La Divine Comédie, L’enfer.

N’hésitez pas à commenter cet article !

Pour aller plus loin, voir les articles suivants déjà publiés sur le blog : sur les armes juridiques permettant de lutter contre le terrorisme, sur le pourquoi de la fuite des jeunes français vers l’État islamique  et sur la fin de l’identité française et l’échec de la création d’une identité européenne.

JuristeG

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