Les explications criminologiques de la violence des banlieues françaises

Le 09 février 2015, Manuel Valls se rendait à Marseille pour se féliciter des bons résultats de la lutte contre la délinquance ; mais les faits sont têtus puisque le même jour des individus – qui patrouillaient dans le but de sécuriser un trafic de stupéfiants – se sont mis à tirer à l’arme de guerre sur des policiers de la BAC (brigade anti-criminalité) également en patrouille.

Ce fait divers est symptomatique d’une violence qui semble inhérente à la banlieue ; les mesures entreprises pour lutter contre ce phénomène n’ont aucune efficacité.

Une question en découle pourquoi tant de violences dans les banlieues ? Ces endroits sont-ils spéciaux ? Pourquoi les autres territoires de la République ne semblent-ils pas connaître cette violence endémique ?

Les grands criminologues ont élaboré des théories pour expliquer les processus amenant à la criminalité aux fins de d’élaborer des moyens de lutte contre ce phénomène. Ces théories permettent-elles d’expliquer la situation des banlieues françaises ?

I : les théories biologiques

A : le rejet des anciennes théories biologiques

Tout d’abord, il convient d’exclure certaines théories pseudo-scientifiques ; à l’instar de la théorie du criminel-né du médecin italien Lombroso. Ce dernier prétendait que le crime était inné chez certains individus ; à la suite d’expériences empiriques sur des prisonniers, il affirma pouvoir reconnaître les potentiels déviants des êtres sains ; les personnes dotées de traits physiques se rapprochant de l’animal avaient une probabilité plus élevée de commettre une infraction que les autres.

De même, M. Gall  – dans la même veine que Lombroso – prétendait pouvoir reconnaître les criminels en palpant leur crâne ; s’il découvrait des protubérances cela signifiait que l’individu avait une obédience pour tel ou tel pan de la criminalité.

Ces théories ont connu leurs heures de succès au XIX siècle ; l’ouvrage du naturaliste Charles Darwin, L’origine des espèces (1859), n’y est pas étranger. Darwin pensait que le caractère des espèces animales se transmettait par hérédité ; de l’aveu de Darwin lui-même, la transmission héréditaire du caractère n’était pas forcément compatible avec l’être humain.

B : le renouveau des théories biologiques

Les théories biologiques ont longtemps été polluées par les erreurs commises par des individus tels que Lombroso ; les criminologues souhaitant expliquer biologiquement la criminalité étaient taxés de racistes. Fort heureusement, la qualité des travaux proposés par certains scientifiques ont permis de re-légitimer ces théories.

De manière plus contemporaine, ces théories biologiques reposent sur des arguments réellement scientifiques ayant trait à la médecine, la psychologie, la psychiatrie et ainsi de suite ; à l’instar de celle développée par Edward Osborne Wilson. Selon lui, nous sommes génétiquement programmés pour la vie en communauté afin d’assurer la reproduction de l’espèce ; d’où des valeurs telles que l’empathie, l’amabilité, l’amour, le respect ou la bienveillance sont respectées par les individus dans un objectif – purement égoïste – de reproduction. En résumé – et pour paraphraser Freud – Eros (l’amour d’autrui) prend l’ascendant sur Thanatos (la destruction d’autrui) afin de se faire accepter de la communauté et ne pas être rejeté ; ledit rejet minimisant les possibilités de reproduction.

Toutefois, certaines personnes dévient de cette norme ; c’est le cas de celles souffrant de pathologies mentales (comme la schizophrénie, la bipolarité,…) davantage susceptibles de commettre une infraction. Des études ont corroboré cette théorie puisque les détenus souffrant d’une pathologie mentale – de la plus bénigne à la plus sévère – seraient de l’ordre de 80 % selon un article du Monde du 13 avril 2013 (consulter l’ouvrage Psychiatrie et prison sur le sujet du docteur Betty Brahmy pour plus d’informations).

L’explication criminologique du viol selon une théorie biologique

Deux types d’espèce animale seraient à distinguer ; les espèces choisissant un mode de reproduction quantitatif et celles choisissant un mode de reproduction qualitatif pour assurer la survie de l’espèce ; ce dernier mode permet de maximiser les chances de survie de l’enfant qui bénéficiera de l’attention des deux parents. L’espèce humaine est évidemment « qualitative » ; les femmes, pour avoir un enfant, devant consentir un temps et des efforts considérables ; les hommes sont également censés privilégier ce mode de reproduction qualitatif ; toutefois, certains individus ne bénéficiant pas de certains critères de sélection –une apparence esthétique agréable, un statut social élevé ou une grande intelligence – peuvent adopter un mode de reproduction quantitatif et recourir au viol.

Cette théorie est une parmi tant d’autres du viol, elle ne doit pas représenter l’alpha et l’oméga des explications, mais seulement une ébauche d’explication permettant aux criminologues de dresser le profil sociologique des potentiels violeurs.

Ces théories biologiques sont rassurantes car elles permettent, d’une part, de désigner préventivement les potentiels criminels ; d’autre part, d’éviter toute remise en question sur les politiques économiques, sociales, criminelles de notre société puisque le crime découlerait de l’hérédité et – non pas – du  « fait social » selon la formule de Durkheim.

Ces théories mettant en avant la cause biologique de la maladie – et non plus l’hérédité – sont à prendre en considération ; néanmoins, elles ne s’appliquent pas – ou de façon très marginale – à la situation dans les banlieues. Il est certain que les habitants des banlieues ne sont pas plus fous que ceux résidant dans les autres territoires de la République ; les explications sont toujours multifactorielles, mais dans le cadre des banlieues, l’explication trouve davantage sa source dans le « fait social ».

II : les théories sociologiques  

Pour Durkheim, tous les comportements de l’être humain s’expliquent par le « fait social » ; la société exerce un moyen de coercition sur les citoyens par le biais du fait social – l’éducation parentale, l’enseignement scolaire, le droit,… –  qui influe sur notre manière d’agir et de penser ; schématiquement, le fait social, c’est la norme.

Durkheim, pour illustrer son propos, prend l’exemple du suicide ; cet acte est peut-être le plus intime qu’il soit ; pourtant –en fonction de la communauté à laquelle appartient un individu- on constate des divergences de comportement puisque, par exemple, il avait constaté que les catholiques se suicidaient moins que les protestants.

Le « fait social » est donc important et doit être analysé.

L’objectif n’est pas de prétendre à l’exhaustivité ; juste de confronter les théories de quelques grands criminologues à la situation des banlieues françaises.

A : une violence découlant de la pauvreté ?

Une première théorie intéressante est celle avancée par Merton. Ce dernier distinguait les individus selon cinq comportements ; l’un d’eux « l’innovant » accepte les objectifs de la société dans laquelle il vit –chez nous devenir riche, avoir un bon statut social – mais rejette les moyens institutionnels mis à sa disposition – comme notre méritocratie avec les corollaires tels que l’école ou le labeur – pour les remplacer par d’autres ; on pense notamment au trafic de stupéfiants qui permet d’obtenir des revenus rapidement et de manière conséquente sans faire des études ou travailler 35 heures par semaine.

Il est inutile de nier que les habitants des banlieues souffrent de problématiques spécifiques telles que la pauvreté ; il est ainsi plus difficile pour un enfant vivant avec ses parents peut-être immigrés et sans emploi de réussir qu’un enfant des beaux quartiers passant ses weekends à l’opéra.

La délinquance des banlieues s’expliquerait donc par la pauvreté ! Bien, mais alors pourquoi la campagne ne se retrouvent-elles pas à feu et à sang ? Elle qui accumule la pauvreté ; elle qui ne dispose pas des infrastructures des banlieues ; elle qui n’a pas de « politique de la ville » injectant des milliards aux fins de mettre en place des transports et de rénover les bâtiments ; elle qui ne dispose pas de subventions importantes permettant à ses habitants de faire du sport ou de s’essayer à la culture –la musique, le sport, le cinéma,… – gratuitement.

Cette « France périphérique » comprenant – certes pas la majeure partie des richesses (40%) – mais la majeure partie de la population (60%) est totalement oubliée par l’État, qui ne s’occupe que des métropoles ; pourtant, elle reste calme ; elle souffre sans tomber dans la violence. (cf : La France périphérique de Christophe Guilluy).

La pauvreté n’est donc pas la cause principale de la violence dans les banlieues ; il faut oublier ce paradigme un peu facile qui occulte les vraies problématiques.

B : une sous-culture de délinquance ?

La théorie de la « sous-culture de la délinquance » a été conceptualisée par Cohen ; selon lui, la « classe supérieure » rejette la « classe inférieure » ; en découle, la création d’une sous-culture partageant des valeurs disparates avec le groupe majoritaire. Cohen illustre cette théorie en analysant certains habitants des banlieues américaines ; pour lui, les valeurs traditionnelles de la société ou, plutôt, du groupe majoritaire – le travail, l’effort, l’empathie, le respect – sont dévoyées par certaines personnes de la « classe inférieure » qui soutiennent des valeurs souvent considérées comme négatives telles que la violence, l’argent facile ou l’irrespect.

Cette analyse fait écho à la situation ubuesque des banlieues où un criminel ayant fait de la prison sera considéré comme un héros alors qu’il sera rejeté par le groupe majoritaire.

Elle présente toutefois des limites puisque cette théorie s’applique facilement aux gangs et mafias des États-Unis ; gangs et mafias qui n’existent pas encore – et heureusement – en France.

Nous avons donc un début d’explication sur la violence endémique des banlieues.

C : le conflit de culture

Thorsten Sellin est célèbre pour ses études sur le « sentencing » ou, autrement dit, l’étude des décisions des juges ; il avait, par exemple, démontré dans les années 1930 –en pleine période de ségrégation- que, pour une même infraction,  les citoyens noirs étaient jugés bien plus sévèrement que les citoyens blancs ; il en avait découlé les « sentencing guidelines act » qui sont des peines fixes en fonction de l’infraction donnée ; à l’instar des peines fixes prévues par le Code pénal français de 1791 qui empêchent toute individualisation de la peine.

Dans le cadre de ses nombreux travaux, il a également tenté d’expliquer les causes du crime via la théorie du « conflit de culture » ; pour lui, les populations immigrées éprouvent certaines difficultés à s’intégrer à la culture d’un nouveau pays car ils disposent déjà d’une culture, de mœurs et de valeurs propres ; ces cultures –possiblement contradictoires – finissent par s’entrechoquer si l’immigré décide de conserver sa culture d’origine.

Cette théorie peut s’appliquer à quelques situations des banlieues françaises ; comme lorsque des immigrés souhaitent continuer –car cela se fait dans leurs pays d’origines – de pratiquer les mariages arrangés, l’excision ou la polygamie.

Toutefois, ces cas ne représentent qu’une infime minorité des infractions commises en banlieues ; cette théorie trouve donc quelques applications à la situation française mais la théorie d’une sous-culture de la délinquance s’applique à davantage de cas.

D : le rejet de la culture française

L’explication réelle n’est pas le choix de garder leur culture d’origine – que des immigrés de deuxième, troisième ou même quatrième génération n’ont plus vraiment – mais le rejet de notre culture et de notre société ; société qui, certes, les rejette également.

A l’instar de l’amour qui nécessite une réciprocité, une communauté a tendance à aimer les siens pour rejeter les autres ; tant que ces communautés ne s’identifieront pas l’une à l’autre pour n’en former qu’une seule, les ennuis continueront.

Un problème d’identité est à constater puisque beaucoup de personnes de banlieues qui commettent des infractions ne se sentent pas français ; ils n’hésitent pas donc pas à violenter, voler ou violer des individus qu’ils considèrent comme des étrangers – les blancs dénommés « babtou » –   alors qu’ils se respectent entre eux et ne s’agressent pas ;

III : les solutions

Le problème principal ne provient donc pas de l’hérédité ou de la pauvreté des habitants de banlieues ; mais surtout du rejet de la culture française et de la création d’une sous-culture de délinquance.

A : la répression

Les délinquants des banlieues ne sont pas dénués d’intelligence ni de logique ; ils sont rationnels dans leurs choix de vie. Gary Becker, prix Nobel d’économie en 1992, a une solution contre ce type de délinquance ; il pense que si l’espérance de gains – en numéraire ou en plaisir – apparait inférieure à la peine encourue et au risque de se faire attraper, le délinquant ne commettra pas l’infraction ; en résumé, le délinquant effectue, avant de commettre une infraction, un calcul coût-avantage.

Il en résulte une équation mathématique : E(g) < p * r

E(g) = l’espérance de gains, p = peine encourue et r = le risque de se faire prendre par la police.

Cette équation peut servir de base pour calculer les infractions les plus rentables. Pour une illustration de calcul, se rapporter à l’article suivant : Les criminels sont-ils des déviants ?

Elle peut également dissuader les délinquants de commettre une infraction en ajustant les variables « p » et « r ». Par exemple, si demain le législateur incrimine la détention d’armes de guerre par la réclusion criminelle à perpétuité (variable « p ») tout en donnant les moyens aux forces de police de rechercher les détenteurs d’armes (variable « r »), il est certain que cela conduira à l’arrestation de beaucoup d’individus ; le second effet de cette répression produira un effet dissuasif et servira d’exemple aux autres potentiels délinquants puisqu’ils se diront que la détention d’armes n’est plus rentable par rapport aux risques.

B : la prévention

La meilleure solution serait d’agir bien plus en amont du problème ; cela en corrigeant ce problème d’identité et en réintégrant les exclus dans notre société ; la résolution dudit problème ne peut provenir que de l’État.

Les causes du problème de violence endémique dans les banlieues sont connues ; les corriger est une nécessité puisque comme le disait Bossuet « Dieu rit des Hommes qui pleurent les conséquences dont ils chérissent les causes ».

Le rejet de la culture française résultant du multiculturalisme a déjà été évoqué à de nombreuses reprises par le biais des articles suivants :

-La fin de l’identité française et l’échec de la Nation européenne

-Réflexions sur les causes et conséquences de l’attentat de Charlie Hebdo

-La fuite des jeunes français vers l’État islamique

 JuristeG

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