Le bobo, synonyme de la fin d’une époque ?

Ah le bourgeois-bohème – ou « bobo » pour les intimes comme dirait Renaud[1] – fait beaucoup parler de lui. On l’attaque, il se défend ; on se moque de lui, il réplique ; on le critique, il en ressent de la fierté.

Alors qu’est-ce qu’un bobo ? Le sociologue Camille Peugny en a proposé une définition[2] : « une personne qui a des revenus sans qu’ils soient faramineux, plutôt diplômée, qui profite des opportunités culturelles et vote à gauche ». Il a sûrement raison en affirmant qu’il y a davantage de bobos parmi les personnes disposant d’un capital économique et culturel élevé. Sa définition permet de désigner l’immense majorité des bourgeois-bohèmes ; mais elle est incomplète ou plutôt elle part d’une mauvaise prémisse en essayant de définir les bobos, dans la lignée de Bourdieu, de manière socioculturelle. Les bobos ne sont pas une classe sociale à part ; on peut d’ailleurs les trouver dans toutes les classes ; ils peuvent avoir des revenus élevés ou non, des diplômes ou non. Les bobos ne font pas tous du velo, ne sont pas tous vegans, ne mangent pas tous du quinoa ou du lait de soja. Il est plus simple de définir le bobo ainsi : une personne, idéologiquement à gauche, donnant des leçons de morale, alors qu’ils sont déconnectés de la réalité. Ce sobriquet est d’autant plus facile à utiliser que chaque homme fait preuve de contradictions entre ses paroles et ses actes. Une ode à l’altérité ? Après recherches, les enfants sont scolarisés au lycée Henri IV. Un bobo ! Un défenseur de l’environnement ? Il passe ses vacances à l’autre bout du monde et possède un 4*4 ; son taux d’émission carbone est bien supérieur à la moyenne. Un bobo !  Un apôtre du partage ? Il habite un 100 mètres carrés dans le Vème arrondissement de Paris. Un bobo !

Mais pourquoi ce quolibet ? La genèse du terme bourgeois-bohème est très ancienne ; dans son roman Bel-ami de 1885, Guy de Maupassant l’utilise déjà[3]. Cependant, son utilisation contemporaine est beaucoup plus récente. De manière épisodique à compter du début des années 2000 pour actuellement devenir récurrente. Il est surtout utilisé par les gens idéologiquement situés à droite – ceux que l’on désigne sous le quolibet de réactionnaires – à fin de se moquer. Ce n’est donc juste qu’une douce vengeance.

En effet pour contrer l’idéologie conservatrice, le mouvement soixante-huitard avait trouvé la solution parfaite : dénigrer l’adversaire pour l’obliger à se justifier et l’empêcher de développer ses pensées. C’est le terme réactionnaire qui est choisi. Plus rarement – et fort heureusement –, c’est le qualificatif de xénophobe voire de raciste qui est utilisé pour tuer le débat. Les plus grands penseurs de droite tels que Raymond Aron ne parviennent plus à expliquer leur pensée, mais doivent la justifier en permanence. Cependant ça ne fonctionne pas, ils sont raillés, déconsidérés et hués. Ce coup de maître n’a été possible que parce que l’idéologie soixante-huitarde devenait l’idéologie dominante. Cette jeunesse de gauche a magistralement réussi à faire tomber les vieilles élites de leur piédestal  – sauf qu’ils sont maintenant devenus les élites qu’ils abhorraient autrefois.

Les idéologues de droite ont mis des décennies à trouver une parade ; il suffit d’être fier de leur idéologie : « non, nous ne sommes pas réactionnaires ; nous ne refusons pas bêtement le progrès. Nous sommes seulement conservateurs ; nous voulons préserver les meilleures choses de notre société ». C’est la méthode choisie par Denis Tillinac, écrivain et ancien directeur de la maison d’édition La Table Ronde, dans Du bonheur d’être réac.

Puis, le temps passant, l’idéologie soixante-huitarde vacille ; elle dirige le pays, mais la situation va de mal en pis. L’opposition s’en réjouit et décide de trouver un adjectif pour moquer, critiquer, dévaloriser, dénigrer l’adversaire idéologique : bobo. Les idéologues de gauche n’ont pas perdu de temps, ils ont fait de cette désignation une fierté pour couper l’herbe sous le pied de leurs adversaires. Les prédicateurs de la bonne conscience – Libération[4] et l’Obs[5] en tête – sont vent debout pour défendre leurs ouailles. A croire que les progressistes s’adaptent bien mieux que les conservateurs.

Plus qu’une simple moquerie, le terme de bobo est révélateur de la fin d’une époque. C’est au tour des idéologues de gauche de se trouver sur un piédestal vacillant. Si l’histoire se répète, l’actuelle pensée dominante vit ses dernières heures ; elle s’apprête à être renversée par un élan de conservatisme.

JuristeG

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[1] Les bobos de Renaud dans son album Rouge Sang (2006).

[2] « Qui sont les bobos ? », Les Inrocks, 9 avril 2010.

[3] « Ce fut elle alors qui lui serra la main très fort, très longtemps ; et il se sentit remué par cet aveu silencieux, repris d’un brusque béguin pour cette petite bourgeoise bohème et bon enfant qui l’aimait vraiment, peut-être. »

[4]http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1507886-a-lire-en-je-suis-bobo-et-je-vous-emmerde-de-quel-crime-suis-je-donc-coupable.html

[5]http://www.liberation.fr/debats/2016/04/25/et-si-on-fichait-la-paix-aux-bobos_1448566

 

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